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Deux poids, deux mesures

André Nadeau par André Nadeau
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Article mis en ligne le 27 avril 2008 à 9:17
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Deux poids, deux mesures
La Commission de la représentation électorale entreprend des consultations sur le projet de réforme de la carte électorale qu'elle a rendu public, il y a quelques semaines. Dans la région de Lanaudière, les audiences publiques ont une importance particulière puisque c'est dans notre région et en Montérégie où le vote d'un électeur a le moins de poids. La consultation aura lieu mercredi prochain au Centre communautaire de Charlemagne.

Le Québec change rapidement. La dernière révision de la carte électorale date de 2001 et voilà que sept ans plus tard, il devient nécessaire de redéfinir les limites des circonscriptions tant les déplacements de population sont majeurs. Les régions éloignées des grands centres se vident littéralement au profit surtout des banlieues nord et sud de Montréal. Le visage démographique du Québec est de plus en plus urbain, mais l'Assemblée nationale tarde à prendre acte de cette réalité.

Le gouvernement Charest a fait son lit avant même que la consultation s'amorce. Il a proposé aux partis d'opposition l'adoption d'une motion qui rejetait les recommandations de la commission afin, disait-on, de maintenir un équilibre entre les régions et les grands centres. C'est comme si au hockey, la LNH décidait que les buts des équipes les plus pauvres vaudraient deux buts des équipes riches.

Heureusement, le PQ et l'ADQ ont refusé de souscrire à la proposition. Le Parlement a créé un organisme indépendant et apolitique pour réviser les limites des circonscriptions électorales, ceci afin d'y soustraire les influences partisanes du processus. N'est-il pas odieux de voir le gouvernement rejeter ainsi les recommandations avant même que la consultation ne commence ?

La réforme proposée par la Commission de la représentation électorale est nécessaire, même si elle soulève par ailleurs des craintes fort légitimes dans le Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie.

La loi actuelle établit à 45 207 électeurs le nombre moyen d'électeurs que doit comprendre une circonscription. Elle permet toutefois un écart supérieur ou inférieur de 25 % par rapport à la moyenne des circonscriptions. On conviendra que cet écart est déjà très généreux puisqu'il permet finalement un écart du simple au double entre les comtés les plus populeux et ceux les moins peuplés.

On peut certes comprendre que la loi crée une exception pour les Îles-de-la-Madeleine compte tenu de l'éloignement, mais multiplier les exceptions feraient en sorte de vicier le processus démocratique. Aucune raison ne peut justifier que le vote d'un électeur de Gaspésie ait plus de deux fois la valeur du vote d'un électeur lanaudois. Le principe d'un homme, un vote doit absolument être préservé sans quoi l'exercice du droit de vote vient de perdre ses valeurs démocratiques. Faut-il rappeler que lors de l'élection de députés, ce ne sont pas des territoires, si isolés soit-il, qui s'expriment, mais bien les habitants de ces territoires.

Que l'Est du Québec perde trois sièges à l'Assemblée nationale et que la banlieue de Montréal en gagne trois, c'est dans l'ordre des choses.

Certains voudraient pour conserver à la Gaspésie, sa représentation actuelle, qu'on diminue la moyenne d'électeurs requise dans une circonscription. En plus d'avoir pour effet d'augmenter le nombre des députés à l'Assemblée nationale, cette solution ne permettrait pas davantage aux régions éloignées de maintenir le poids de leur influence puisque toutes les autres régions verraient le nombre de leurs députés s'accroître. Et qui a le goût de voir plus de députés ?

Un gouvernement vraiment intéressé au sort des régions éloignées se préoccuperait davantage de mettre en place une véritable politique de développement de ces régions afin d'y maintenir la population actuelle et d'y attirer de nouveaux résidents. En lieu et place, il est bien plus simple de fausser le jeu électoral pour se donner le rôle de champion des régions.

André Nadeau

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