Sur un air de crise nationale
Le combat de boxe à sens unique qu'a livré le jeune Jonathan Roy samedi dernier lors d'un match opposant les Remparts de Québec aux Saguenéens de Chicoutimi prend pratiquement des airs de crise nationale. Depuis samedi, tous les bulletins de nouvelles débutent avec cette affaire et les journaux couvrent mur à mur l'événement, lui accordant autant d'importance qu'une conquête de la coupe Stanley. Même la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne s'en mêle en se lançant dans une croisade pour éradiquer la violence au hockey.
Cette histoire a définitivement pris des proportions exagérées et le fait qu'une ancienne vedette de la ligue nationale y soit mêlée explique en bonne partie ce débordement médiatique auquel on assiste depuis quelques jours. Si le jeune Roy s'était appelé Bernard Racicot et si son entraîneur était aussi un inconnu, l'altercation qui s'est déroulée samedi dernier aurait sans doute eu peine à faire la manchette du bulletin de sport.
À l'heure de l'information-spectacle, les événements de samedi dernier possédaient tous les ingrédients pour alimenter les chaînes d'information en continu, surtout que les événements croustillants se font rares depuis quelque temps. De la violence, une supervedette et le sport national des Québécois, voilà tous les éléments réunis pour un bon spectacle.
Mardi, trois jours après la bagarre générale, le bulletin de fin de soirée du réseau TVA s'ouvrait encore avec cette histoire lui consacrant les quatorze premières minutes, ce qui a permis de remontrer la fameuse bagarre à cinq reprises. On a même présenté les résultats d'un sondage Léger-Marketing sur le sujet. Comme si ce n'était pas suffisant, on revenait à la charge dans la deuxième demi-heure avec les analyses de Ron Fournier.
Mardi, la très sérieuse Presse consacrait 11 pages à l'affaire Roy et mercredi le Journal de Montréal relançait son compétiteur avec 13 pages sur le même sujet.
L'assaut dont a été victime le pauvre gardien des Saguenéens est très certainement condamnable et aurait probablement mérité des sanctions beaucoup plus sévères. Dire qu'au baseball, Pete Rose a été suspendu à vie juste pour avoir gagé sur le résultat d'une partie. D'ailleurs, tout le monde condamne le geste de Jonathan Roy, mais en même temps, on se délecte à regarder ces scènes de violence à répétition.
N'y a-t-il pas un peu d'hypocrisie dans l'air ? Les amateurs défilent devant les caméras pour dénoncer la violence dans le sport. Pourtant dans les clips qu'on diffuse en boucle, on aperçoit à l'arrière-plan, une foule au bord de l'hystérie. Les gens sont debout, les bras en l'air et encouragent les belligérants. La bagarre fait aussi les délices des internautes sur YouTube. Et vous pensez que c'est pour dénoncer la violence au hockey ? Le match qui suivait cette bagarre et qui opposait les deux mêmes équipes a été disputé mardi soir à guichet fermé. Mais, tout le monde s'oppose à la violence au hockey!
Depuis samedi, on s'époumone à dire que ces scènes disgracieuses sont préjudiciables à la renommée de notre sport national comme si les bagarres étaient l'apanage des clubs de hockey. On oublie rapidement certaines scènes qui nous montraient des bagarres générales au baseball lorsqu'un lanceur atteint le frappeur d'une balle. Les scènes nous montrant des joueurs de basketball qui s'en prennent aux spectateurs ne sont guère plus inspirantes. Dans les sports de compétition, il y aura toujours un risque que la frustration déborde. La plupart du temps, ça donne lieu à des escarmouches sans conséquence et les officiels ont tôt fait de départager les rivaux. Il arrive parfois que la situation dérape comme ce fut le cas samedi dernier. Faut-il pour autant adopter des lois spécifiquement pour le hockey ? Il existe déjà un code criminel et des lois qui interdisent ce genre de comportement que ce soit sur la rue ou sur la glace d'un aréna. Ne suffit-il pas de les appliquer et de cesser de considérer les surfaces glacées comme des lieux où les lois ne s'appliquent plus ?
Au cours des derniers jours, les dentistes ont menacé de se désengager du système d'assurance-maladie, des gardiens de sécurité se sont mis en grève, la tête de Stéphane Dion est mise à prix, des gens meurent en Irak et au Tibet, mais ça donne des moins bonnes images.
André Nadeau