Éthique et culture religieuse à l’école: une bonne nouvelle
À la prochaine rentrée scolaire, en septembre, le cours d’enseignement religieux confessionnel sera chose du passé et fera place au nouveau cours d’éthique et de culture religieuse. Certains, semble-t-il, s’en inquiètent. Mario Dumont, appuyé par le député de Joliette, a même proposé un moratoire sur l’implantation de ce cours en prétextant qu’il ne faisait pas assez de place à la tradition majoritaire, c’est-à-dire catholique. Je voudrais, aujourd’hui, rassurer tous ces inquiets et leur dire que cette nouveauté constitue une bonne nouvelle.
Car, enfin, qu’allons-nous perdre, au juste? Essentiellement un cours qui est devenu un échec pédagogique et confessionnel. L’actuel cours d’enseignement religieux, en effet, ne produit plus les fruits attendus. Non seulement les enfants qui le suivent n’en retiennent à peu près rien sur le plan des connaissances, mais, de plus, ils n’en retirent à peu près jamais de bonnes raisons d’être catholiques. À quoi bon, alors, poursuivre cette expérience qui ne donne pas les résultats désirés?
Les Québécois attachés à la tradition catholique qui voient le nouveau cours comme une attaque à leurs convictions se trompent. Le programme qui sera implanté en septembre 2008 reconnaît franchement le catholicisme comme « la tradition religieuse de référence au Québec » et, même s’il intègre des éléments provenant d’autres traditions (particulièrement le protestantisme, le judaïsme et les spiritualités autochtones), il fait du catholicisme « le patrimoine offert au premier chef à l’effort de compréhension », selon les mots du respecté philosophe Georges Leroux.
Il se distingue de l’ancien programme, toutefois, en abandonnant l’approche confessionnelle. Or, cette approche, dans le cadre scolaire actuel, ne fonctionnait plus. L’évolution du Québec moderne a fait en sorte que l’école ne soit plus un lieu approprié pour vivre une « expérience » religieuse. Même une majorité d’évêques ont reconnu ce changement social. Dans une lettre au journal Le Devoir paru en décembre dernier, Michel Bourgault, un citoyen de Saint-Paul-de-Joliette engagé en pastorale paroissiale, rappelait que « ces évêques estiment que les paroisses sont actuellement les plus aptes, même si c’est de façon inégale, à faire la catéchèse et à assurer la transmission de la foi catholique et des valeurs chrétiennes ».
Dans L’Action du 13 janvier dernier, Georgette Beaudry-Desrosiers, coordonnatrice à la formation et responsable de l’enseignement de la catéchèse au Diocèse de Joliette, allait dans le même sens en témoignant de son optimisme devant cette évolution et en précisant que la Diocèse « a préparé une série de parcours d’enseignement qui sont rendus disponibles aux parents et aux enfants désireux d’en apprendre plus sur la foi chrétienne ». Aussi, ceux qui tiennent vraiment à transmettre cet héritage à leurs enfants ne seront pas démunis. Plus encore, cette nouvelle situation offre aux paroisses une occasion de se redynamiser.
L’école, quant à elle, dans une perspective pleinement laïque, pourra transmettre aux jeunes Québécois une connaissance d’un patrimoine religieux riche et divers, de même qu’un sens du dialogue devenu si nécessaire dans une société de plus en plus pluraliste comme la nôtre. « La crise que nous vivons autour des accommodements religieux, écrivait récemment le théologien Marco Veilleux dans Le Devoir, est largement alimentée par la méconnaissance, les préjugés, la peur de l’autre et le manque de pratique du dialogue. Il est donc crucial d’outiller les nouvelles générations en leur donnant une meilleure compréhension des phénomènes religieux. » Et cela, faut-il le préciser encore, en commençant par la tradition majoritaire du Québec.
Il ne s’agit pas, dans ce changement, de remplacer le catholicisme par une nouvelle religion laïque. Il s’agit de redonner à l’école commune sa véritable mission qui est celle de donner à tous les enfants les outils nécessaires à une bonne compréhension du monde afin de mieux y participer. Pour la foi, qui garde sa pertinence pour plusieurs, les paroisses et les parents prendront le relais. Le Québec est rendu là.
Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca