L'Amphithéâtre de Lanaudière
Un trésor géré par d'autres
S'il y a un équipement culturel et touristique qui est sous-utilisé dans notre région, c'est bien l'Amphithéâtre de Lanaudière. Logé dans un cadre enchanteur, cet édifice est en dormance depuis 16 ans, si on excepte la présentation des concerts du Festival de Lanaudière.
La lecture des mémoires de l'ancien président du Festival, René Charette, m'a révélé les circonstances qui ont conduit à retirer au Festival le mandat de gérer l'Amphithéâtre qu'il avait construit. Dans son livre intitulé « Laissez-moi vous dire », M. Charette souligne à quel point l'appui indéfectible de l'ancien ministre fédéral Marcel Masse horripilait la ministre des Affaires culturelles du Québec d'alors, Lizza Frulla. Forcés par Mme Frulla à annuler la saison 1991, les administrateurs du Festival avaient pu compter sur l'aide de Marcel Masse pour financer la saison qui aurait autrement été compromise. Le geste du ministre conservateur a ainsi forcé la main de Québec qui a dû injecter de l'argent à son tour pour l'édition 91. C'était la deuxième fois qu'une action du ministre fédéral venait ainsi forcer la main au gouvernement québécois, la première étant le financement même de la construction de l'amphithéâtre en pleine période de moratoire sur les équipements culturels. C'est donc par vengeance, estime M. Charette, que la ministre Frulla décida en 1991 de céder la gestion de l'amphithéâtre à la Place des Arts, le tout accompagné d'une subvention annuelle d'un quart de millions de dollars. M. Charette signale avec justesse qu'avec une telle subvention, le Festival n'aurait eu aucun problème à gérer lui-même l'édifice.
Après 16 ans, on doit souligner que la Place des Arts s'est bien acquittée de sa tâche au plan de l'entretien des lieux. Toutefois, il faut aussi reconnaître que ses efforts pour développer le site et en faire un grand lieu de diffusion ont été minimalistes. Seize ans plus tard, le Festival est la plupart du temps le seul locataire des lieux. Il y a bien eu quelques spectacles présentés en dehors de la programmation du Festival, mais ils étaient le fruit du travail de divers promoteurs plutôt que le résultat d'un travail de prospection de la Place des Arts.
Ne serait-il pas temps de revoir cet arrangement afin que ce joyau puisse enfin devenir un haut lieu de diffusion culturelle au Québec ? Il ne s'agit pas de remettre en cause la qualité de l'entretien des lieux, puisque la Place des Arts le fait bien. Il ne s'agit donc pas ici de trouver un concierge local. C'est davantage d'un promoteur du site dont l'Amphithéâtre aurait besoin, un organisme qui se chargerait de promouvoir le lieu, de solliciter des organisateurs de spectacles ou même d'en produire lui-même.
À cet égard, il me semble que le Centre culturel de Joliette a la tête de l'emploi. Cet organisme a connu un essor fulgurant depuis l'arrivée à la direction de Gilles Dessureault. Le Centre culturel présente pratiquement plus de spectacles qu'il y a de jours dans une année. Il gère la salle Rolland-Brunelle et déborde ses activités à la salle L'Envol. On lui doit la production de plusieurs spectacles de renom durant la saison estivale. Il me semble que pour peu qu'on lui en donne l'occasion, le Centre culturel pourrait enfin jouer un rôle de premier plan dans la relance de l'Amphithéâtre de Lanaudière. Je sais que certaines discussions ont cours entre les deux organismes. Il est à souhaiter qu'on en vienne à un accord permettant le développement de cette infrastructure de premier plan.
À proximité d'un bassin de population de près de trois millions de personnes, il y a certainement là un marché qui pourrait être plus et mieux exploité.
La question n'est pas de trouver le meilleur pour couper le gazon, mais plutôt dénicher le meilleur pour amener du monde sur le gazon.
André Nadeau
P.-S. : Le livre de René Charette ne fait pas qu'apporter un éclairage sur les tractations entourant l'Amphithéâtre. Les Joliettains qui s'intéressent à l'histoire y trouveront des passages captivants sur la vie à Joliette dans les années 40 et 50. Ceux qui veulent tout savoir de l'histoire de la Société nationale des Québécois et en apprendre davantage sur les jeux de coulisses politiques des dernières années y trouveront aussi leur compte.