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Le dollar donne le vertige

André Nadeau par André Nadeau
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Article mis en ligne le 10 novembre 2007 à 10:42
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Le dollar donne le vertige
Je ne voudrais pas jouer les trouble-fête, mais le paysage que présente l'économie canadienne est trop beau pour être vrai: le plus bas taux de chômage en trente ans, des mises en chantier toujours en croissance, la consommation qui établit des records et le dollar qui s'apprécie.

Voilà justement le problème s'il y en a un! Le dollar progresse tellement vite par rapport à la devise américaine qu'il en donne le vertige. Il y a un an, à peine, les Québécois boudaient les plages de la Nouvelle-Angleterre, tellement notre monnaie ne faisait pas le poids. À part pour le plein d'essence, on avait l'impression que tout le monde se donnait la main pour siphonner notre portefeuille de vacances. Depuis, le dollar canadien a vu sa valeur augmenter de plus de 25 %. Au moment d'écrire ces lignes, mercredi après-midi, le dollar canadien valait presque 1,09 $ américain. Autrement dit, la piastre américaine ne valait plus que 90 cents. Et les automobiles se vendent toujours au même prix que lorsque notre dollar valait 85 cents américains. De quoi donner le goût de magasiner à Plattsburg!

Pourquoi se plaindre ? C'est que malgré un ciel ensoleillé, on peut quand même voir à l'horizon de sombres nuages qui pourraient passer leur chemin ou s'abattre sur nous comme un orage de juillet.

On pourrait bien croire que l'effet de la hausse du dollar ne semble pas si tragique que ça, puisqu'au cours du dernier mois, il s'est créé 63 000 emplois au Canada. À ce chapitre, on enregistre même la meilleure performance en 30 ans. Il faut toutefois savoir que ces nouveaux emplois ont été surtout créés dans le domaine des services et que le secteur manufacturier tire déjà de la patte malgré les apparences. On a ici l'exemple des Industries Corbeil de Saint-Lin. La force du dollar n'est pas étrangère non plus à l'anéantissement des espoirs des travailleurs de Louisiana Pacific.

« Jusqu'ici, on a vu que les répercussions d'un dollar valant 90 cents américains » prévenait Denis Durand, un économiste de la firme Jarislowsky Fraser, la semaine dernière sur les ondes de Radio-Canada. Notre piastre affiche 20 cents de plus…

Il y a une limite au-delà de laquelle nos entreprises ne peuvent plus concurrencer les entreprises étrangères. Les usines qui ont des contrats en dollars américains mangent leurs bas, alors que celles qui vendent en dollar canadien n'y parviennent plus à moins d'occuper un créneau très spécialisé. À ce stade-là, on ne peut plus espérer compenser par des gains de productivité. Je ne suis pas un spécialiste de l'économie, mais les experts semblent pas mal faire consensus sur un point : la Banque du Canada doit aussitôt que possible relever légèrement les taux d'intérêt, juste pour rendre notre dollar moins attrayant aux yeux des spéculateurs.

Ce qui se passe chez nos voisins du Sud est aussi inquiétant. La crise des prêts immobiliers, loin de se résorber, ne serait que la pointe de l'iceberg. Cette semaine, le président de la plus importante banque américaine, City Group, a démissionné après qu'on eut radié des comptes pour une valeur colossale de dix milliards de dollars. Des centaines de milliers d'Américains alléchés par le crédit facile ont réalisé le rêve américain et acheté des maisons. Au renouvellement de leur hypothèque, ils vivent le cauchemar capitaliste et doivent remettre les clés. L'éventualité d'une récession est loin d'être écartée et si ça devait être le cas, le Canada n'y échapperait pas.

Dans le contexte où le taux d'endettement moyen des Canadiens dépasse le salaire annuel et où l'épargne est au plus bas en 40 ans, je vous laisse imaginer les conséquences qu'aurait une récession. Au lieu de dépenser à Plattsburg, vaudrait peut-être mieux payer nos dettes. Le temps d'écrire ce commentaire, le dollar canadien a franchi le seuil du 1,10 $ américain.

André Nadeau

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