Un retour à l'iniquité ?
Les recommandations de la Commission Johnson sur l'écroulement du viaduc de la Concorde, si elles sont toutes retenues, pourraient conduire à une situation tout à fait inéquitable pour les automobilistes lanaudois et très dommageable pour l'économie de la région. Pour financer la réfection des routes, des ponts et des viaducs, la commission présidée par l'ancien premier ministre Pierre-Marc Johnson, ne préconise rien de moins qu'une taxe sur l'essence et le retour du péage sur les autoroutes, notamment l'autoroute 40 qui relie la région à la métropole.
Nos élus municipaux et nos députés devront se montrer vigilants vis-à-vis de cette deuxième option, car son application risque fort de créer un préjudice au développement de la région. De 1958 à 1985, le péage était en vigueur sur certaines autoroutes, en Estrie, dans les Laurentides et plus tard dans Lanaudière. Chez nous, on retrouvait des postes de péage à Berthier, Lavaltrie et Repentigny. Le tarif du passage était alors fixé à 25 cents.
Au début des années 80, une coalition de maires de la Rive-Nord a mené une bataille pour l'élimination de cette forme de taxation qu'on jugeait inéquitable. Un automobiliste de Joliette devait payer un droit de passage pour se rendre dans la métropole pendant qu'un citoyen de Saint-Hyacinthe pouvait accéder à Montréal par des autoroutes gratuites. C'est que le gouvernement ne pouvait instaurer le péage sur certaines routes puisqu'elles avaient été construites dans le cadre d'entente Canada-Québec qui excluait toutes formes de péage. C'était le cas de la route transcanadienne (la 20), un tronçon de l'autoroute 50 en Outaouais et de certaines autoroutes de la région de Québec. Dans les circonstances, à la veille d'un scrutin, le gouvernement du PQ n'a eu d'autre choix que d'abolir le péage.
Aujourd'hui, on revient à cette proposition, mais les conditions n'ont pas changées, si bien qu'il soit à prévoir si on va de l'avant, que certaines autoroutes seront soustraites à la tarification.
Les arguments qui prévalaient à l'époque pour l'abolition du péage sont toujours d'actualité. Imaginez, avec le trafic de 2007, ce que pourrait avoir l'air l'heure de pointe à Repentigny. Cela aurait également pour effet d'accroître les coûts du transport des marchandises, ralentirait les livraisons et rendrait notre région un peu moins attrayante aux yeux des industriels songeant à s'implanter.
L'ironie de l'histoire, c'est que le proposeur de cette solution, Pierre-Marc Johnson, est bien au fait des raisons qui ont poussé le gouvernement à abolir le péage puisqu'il était à l'époque un ministre important du cabinet Lévesque. D'ailleurs, à l'automne 85, lorsque l'opération abolition s'est terminée, M. Johnson était même premier ministre du Québec. Il n'a certainement pas passé beaucoup de temps à réfléchir à la question puisqu'il écrit dans son rapport : « deux options viennent naturellement à l'esprit, (…) une taxe spécifique sur l'essence et l'instauration d'un système de péage sur certaines routes ».
Une telle solution aurait pour effet de faire porter par une partie de la population le fardeau de financer l'ensemble des coûts de restauration du réseau routier. Si nos impôts ne peuvent suffire à la tâche, il vaudrait mieux, en toute équité, l'instauration d'une taxe sur l'essence. Elle aurait au moins l'avantage de partager la facture entre tous les utilisateurs de nos routes.
Si ma mémoire est bonne, n'est-ce pas ce qu'on a fait en 1984, hausser le prix de l'essence, pour pallier au manque à gagner que provoquait l'abolition du péage ?
André Nadeau
P.-S. : Je profite de l'occasion pour saluer mon collègue Jean-Pierre Malo qui met fin à son mandat d'éditorialiste à L'Expression. Même si nos opinions divergeaient régulièrement, nos relations ont toujours été marquées de respect et d'amitié. Je lui souhaite, au nom de l'ensemble des journalistes de la salle de rédaction de L'Action et L'Expression, une longue et heureuse retraite.