QUEBEC - A quelques réserves près, les partis d'opposition ont condamné l'énoncé économique présenté mercredi par la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget.
La leader péquiste, Pauline Marois, a été la plus virulente, qualifiant l'énoncé de "désert total".
"On craignait que le premier ministre nous ait convoqués pour un exercice de relations publiques; maintenant on sait que c'est pour ça qu'il l'a fait. Et c'est pire que tout ce qu'on a imaginé", a dénoncé la chef de l'opposition officielle, en point de presse à l'Assemblée nationale.
Selon Mme Marois, la ministre Jérôme-Forget a non seulement ignoré les idées avancées par le Parti québécois, mais elle a aussi glissé sous le tapis certains engagements pris par les libéraux en campagne électorale, notamment en regard de la formation de la main-d'oeuvre.
"Pour la main-d'oeuvre, c'est zéro", a-t-elle fulminé.
Pourtant, les travailleurs non qualifiés qui se retrouvent en chômage "sont les premières personnes touchées par la crise économique", a fait remarquer la députée de Charlevoix.
Pour la chef péquiste, force est de constater que les Québécois ont été dupés en croyant que le gouvernement libéral allait présenter des mesures audacieuses susceptibles d'amoindrir les effets de la crise.
"Je crois que les Québécois se sont fait avoir", a-t-elle laissé tomber.
Parmi les mesures que le PQ espérait mettre de l'avant figurait l'introduction d'un crédit d'impôt de 200 $ sur la taxe de vente du Québec (TVQ). Un tel allègement aurait eu un impact immédiat sur l'économie des ménages, a souligné la chef souverainiste.
Le leader démissionnaire de l'Action démocratique, Mario Dumont, a pour sa part affirmé que la classe moyenne était la grande oubliée du plan libéral.
"Le monsieur et la madame qui gagnent chacun 40 000 $ par année, pour eux, il n'y a pas eu de session parlementaire spéciale. Il ne s'est rien passé cette semaine", a dit M. Dumont, pour qui la rentrée prématurée des députés en Chambre "n'a pas été à la hauteur" des attentes.
Le chef adéquiste est moins critique cependant au sujet du crédit d'impôt pour encourager la rénovation domiciliaire.
En soi, ce "n'est pas une mauvaise mesure", a-t-il concédé.
Mais pour qu'il ait un effet de levier significatif, le crédit d'impôt de 2500 $ devrait être beaucoup plus généreux, a ajouté le porte-parole de l'ADQ en matière de finances, François Bonnardel.
"Pour obtenir le montant maximum, (les familles) devront dépenser 20 000 $. Nous proposons au gouvernement de rendre le crédit d'impôt accessible dès le premier dollar investi dans les rénovations", a-t-il expliqué.
Quant à Québec solidaire, le député Amir Khadir a reproché au gouvernement Charest d'avoir voulu "épater la galerie" avec un plan "trop maigre".
S'il avait vraiment voulu faire oeuvre utile, le gouvernement se serait lancé dans la construction de logements sociaux, a-t-il soutenu.
"Ce que le gouvernement aurait dû faire, c'est investir pour la construction de 50 000 logements sociaux et mettre sur pied un grand chantier d'efficacité énergétique partout au Québec", a précisé M. Khadir.
De multiples réactions
Du côté syndical, la CSN a noté que les mesures présentées par le gouvernement Charest étaient "pertinentes" mais insuffisantes.
Il faudrait inclure un mécanisme pour "protéger le pouvoir d'achat des gagne-petit", a dit la présidente de la centrale, Claudette Carbonneau.
La Centrale des syndicats du Québec s'est montrée plus cinglante. A son avis, l'énoncé est une "mise en scène inutile et opportuniste" qui s'avère "décevante" étant donné la situation actuelle. Même son de cloche du Syndicat de la fonction publique du Québec, qui juge que l'exercice ne répond "aucunement aux besoins à court terme de l'économie québécoise".
Quant au Conseil du patronat, le premier vice-président, Daniel Audet, s'est montré "assez satisfait" du plan d'action mis de l'avant par Québec, tout comme la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, qui invite toutefois le gouvernement à demeurer vigilant pour bien suivre l'évolution de l'économie.
A la section Québec de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), le vice-président Simon Prévost a salué les mesures, sauf celle haussant le salaire minimum. Il prévoit que cette augmentation sera mal accueillie par les dirigeants des PME de certains secteurs comme le tourisme, le commerce de détail et la restauration. "Il y a des limites à ce que les PME de ces secteurs peuvent absorber en termes d'augmentation de leurs coûts de fonctionnement au moment où les clients vont se faire de plus en plus rares", a déclaré M. Prévost.
Chez les organismes regroupant les municipalités, on a applaudi les investissements promis en infrastructures, mais on souhaite encore plus de mesures pour stimuler l'économie des régions.
Du côté de l'immobilier, les réactions sont partagées. A la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ), on juge que le crédit d'impôt accordé pour des rénovations est insuffisant pour freiner la détérioration du parc de logements locatifs privés. Mais à l'Association provinciale des constructeurs d'habitations du Québec, on croit que la mesure aura l'effet souhaité, c'est-à-dire stimuler un secteur névralgique de l'économie.
Enfin, le Bureau du cinéma et de la télévision du Québec a félicité le gouvernement pour ses quatre mesures visant à encourager la production de films et d'émissions de télévision.
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