Accrocher ses patins
On finit tous par y passer.
Qu'on s'y attende ou non, il vient un jour où l'on accroche ses patins pour de bon.
Pour certains, c'est au terme d'une longue préparation. Quand les jambes sont lourdes et le souffle est court, quand tout n'est que douleur, on voit presque ce moment comme une délivrance.
Pour d'autres, la fin du parcours arrive tout d'un coup, sans avertissement. On délasse ses patins sans se douter qu'on le fait pour la dernière fois.
C'est ce qui lui est arrivé.
Je ne le connaissais que très peu, à vrai dire, pas du tout. En fait, nous avons partagé un autobus pour quelques heures, une chambre des joueurs pour quelques minutes et une patinoire pour quelques secondes.
Pourtant, le souvenir de cet homme discret, dévoué et souriant restera à jamais gravé dans ma mémoire. Chaque fois que je foulerai la glace d'un aréna, l'image de Gilles Gaudet me reviendra à l'esprit.
Son départ aura laissé un grand vide dans notre équipe, dans notre entreprise et surtout, dans sa famille. Quand je pense à la peine que ses proches ont dû ressentir, au beau milieu de la nuit, à l'annonce de son décès, je constate à quel point la vie peut être cruelle. Savoir que notre époux, notre père, notre ami est décédé à plus de 500 kilomètres de chez lui doit être tellement douloureux.
Je sais que ces quelques mots n'aideront en rien à soulager la peine de ses proches, mais je dois dire que je me compte chanceux: chanceux de l'avoir connu, de l'avoir côtoyé et surtout, de lui avoir serré la main, quelques heures avant son départ.