Luc Brodeur, Louis Perreault et Christiane Lambert, au premier plan, sont en compagnie de Jocelyn Michon, Paul Caplette, Hubert Chamberland et Gisèle Grandbois.
(Photo le Journal)
Protéger l'environnement, c'est un investissement
Pourquoi importer ?
Les consommateurs n'ont plus de liens avec les familles agricoles. On trouve de tout au supermarché. La campagne n'est plus à leurs yeux un lieu de production mais de loisirs. Pour des légumes de qualité, ça prend un environnement à protéger. Il ne s'agit pas d'une dépense mais d'un investissement.
C'est ce qu'ont fait valoir les intervenants à la table ronde sur la protection de l'environnement tenue récemment au Château Joliette dans le cadre de la tournée nationale de la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois.
Lanaudière avait été choisie pour cette réflexion car, selon la CAAAQ, cette région qui a fait face à de sérieux problèmes de pollution a aussi été celle qui, depuis, enregistre les meilleurs résultats.
Vice-présidente de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles de France, ex-présidente d'un organisme voué à l'agriculture raisonnée, Christiane Lambert oeuvre sur une ferme céréalière qui a ensuite investi dans une porcherie de taille moyenne. «Face aux craintes des voisins, nous avons organisé des portes ouvertes pour montrer, tant aux décideurs qu'aux écoliers, ce qu'est l'agriculture d'aujourd'hui.»
Président du comité de valorisation de la rivière Richelieu, Hubert Chamberland a confié qu'il n'achète pas de fraises importées. «Les fraises «nature», ça devrait redevenir un événement saisonnier. Arrêtons d'acheter des légumes qui ne font qu'enrichir les grossistes et camionneurs. Il faut développer une agriculture basée sur nos besoins.» Directeur de Prisme, l'agronome Luc Brodeur travaille avec des producteurs maraîchers. Il a remercié les «terreurs microscopiques», tant dans la viande que les épinards, qui ont rappelé aux agriculteurs et aux consommateurs qu'on ne peut produire dans un environnement contaminé. «La carotte est une véritable pompe à métaux lourds. Elle ramasse la pollution des 20 dernières années dans le sol. C'est plus facile de surveiller nos champs que ceux à l'étranger», a dit le conférencier bien au fait que la Chine est en mesure de livrer des carottes à Vancouver pour trois fois rien.
Au chapitre des solutions, l'agriculteur Jocelyn Michon a vanté le semis direct, solution qui représentera près de 10 % de superficies cultivées au Québec en 2007. «À eux seuls, les vers de terre peuvent remplacer la charrue. Nos dépenses en engrais ont diminué de moitié.»
Président de l'Association des conseillers en agroenvironnement du Québec, Louis Perreault a signalé qu'un ensemble de bonnes pratiques agricoles existent déjà. Ces solutions ne doivent pas être imposées. Les activités de formation et de démonstration, les visites d'entreprises progressistes, sont autant de façons de faire cheminer les producteurs.
«L'avenir de l'agriculture, dit-il, dépend du soin qu'on va prendre de nos terres, de l'eau et de l'air. Un jeune agronome m'a confié : si on fonce vers un mur de changements climatiques, aussi bien commencer à freiner tout de suite.»
(Photo le Journal)