Le travailleur agricole Philippe Charbonneau est décédé le 3 février 2009 à la Ferme M.R.J. Mercier inc. à Sainte-Geneviève-de-Berthier. - Gracieuseté
La CSST dépose son rapport d’enquête sur la mort d’un travailleur agricole lanaudois
Le rapport d’enquête mené par la Comission de la Santé et Sécurité au travail (CSST) sur la mort d’un travailleur agricole à Sainte-Geneviève-de-Berthier en février dernier a été rendu public mardi, le 30 juin. Le rapport conclut que le manque de formation et de prévention de la part de l’employeur sont à l’origine du décès.
Philippe Charbonneau, travailleur agricole de la Ferme M.R.J. Mercier inc., est décédé le 3 février 2009 suite à une intoxication au monoxyde de carbone, alors qu’il nettoyait les parcs de la seconde chambre d’engraissement de la porcherie.
La laveuse à pression qu’il utilisait pour effectuer son travail fonctionne à l’essence. Le 3 février au matin, les portes, la trappe d’entrée d’air frais et les ventilateurs de la seconde chambre étaient tous fermés, ce qui a causé une accumulation de monoxyde de carbone dans la pièce.
Les enquêteurs qui ont produit le rapport, Messieurs Michel Labbé et René Beaumont, estiment que le travailleur soit tombé inconscient environ deux heures après le début du nettoyage, qui a commencé vers 9h30. Un collègue est arrivé sur les lieux vers 12h45 pour découvrir le corps inanimé de M. Charbonneau.
Critiques de la CSST
Le rapport d’enquête de la CSST sur l’incident retient principalement deux causes. D’une part, une laveuse à pression à essence utilisée à l’intérieur d’une porcherie expose le travailleur à une concentration mortelle de monoxyde de carbone.
« Même si les ventilateurs avaient fonctionné à leur pleine capacité et que la porte avait été ouverte, le travailleur n’aurait pas nécessairement survécu, explique l’inspecteur Michel Labbé. Il faut que ces machines se trouvent à l’extérieur du bâtiment et encore là, il faut s’assurer que le rejet de monoxyde de carbone ne soit pas orienté vers la porte de la bâtisse. »
La CSST a délivré un constat d’infraction à l’employeur Ferme M.R.J. Mercier inc. puisqu’elle considère qu’il a agi de manière à compromettre la sécurité des travailleurs. Pour cette infraction, l’amende peut varier de 5 000$ à 20 000$ pour une première offense ou de 10 000$ à 50 000$ en cas de récidive.
D’autre part, les enquêteurs ont conclu que l’autre cause possible du décès de M. Charbonneau est la déficience de la formation ainsi que de la supervision du travailleur quant au risque relié à l’utilisation de la laveuse à pression à essence.
« Dans des entreprises de type familial telle que la Ferme M.R.J. Mercier, la formation des employés se fait par compagnonnage, un type de formation très subjectif, souligne M. Labbé. À deux reprises, le collègue de M. Charbonneau l’a prévenu de ne pas déplacer la laveuse dans la seconde chambre d’engraissement parce que c’était « dangereux », mais il ne lui a jamais expliqué pourquoi. »
Théoriquement, la laveuse devait rester dans la première chambre d’engraissement qui elle, était ventilée. Cependant, le boyau de la laveuse n’étant pas assez long pour joindre les derniers parcs à l’autre bout de la seconde chambre, Philippe Charbonneau a avancé la laveuse dans la partie du bâtiment qui n’était pas ventilée et s’est intoxiqué. M. Charbonneau ne travaillait pour la ferme que depuis deux semaines.
Miser sur la prévention
Au Québec, depuis cinq ans, quatre travailleurs sont morts au travail intoxiqués par le monoxyde de carbone. La CSST compte prévenir de tels décès et c’est pour cette raison qu’elle transmettra son rapport d’enquête à l’Union des producteurs agricoles (UPA) afin que celle-ci informe ses membres des dangers reliés à l’utilisation d’équipement à moteur à combustion interne à l’intérieur des bâtiments.
« Dans le cadre de notre partenariat avec le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, la CSST diffusera à des fins pédagogiques le rapport d’enquête dans les établissements de formation qui offrent des programmes agricoles. Il ne faut pas qu’une telle tragédie se reproduise », conclut la directrice santé sécurité pour la prévention-inspection et le financement à la CSST de Lanaudière, Lucie Gravel.
Diane Bernier
Commentaire mis en ligne le 25 novembre 2009Je me demande si la CSST va aussi faire des recommendations pour les travailleurs dans les fourrières qui procèdent à la mise à mort des animaux à partir d'une chambre à gaz?