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L'Action
Louis Cornellier
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La fin d’un monde

Louis Cornellier par Louis Cornellier
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Article mis en ligne le 3 juin 2009 à 8:32
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La fin d’un monde
La fin d’un monde
« GMC abandonne Lafrenière », pouvait-on lire dans L’Action du 24 mai dernier. Pour les dirigeants et employés de l’entreprise, établie sur la route 131 à Notre-Dame-des-Prairies, cette nouvelle est un choc. « C’est un coup dur, mais on va se relever », a déclaré Daniel Fafard, directeur général. Seul l’avenir dire comment ils parviendront à relever ce défi, mais une chose est certaine : à moyen terme, c’est toute l’industrie automobile, et pas seulement Automobile Lafrenière, qui devra se transformer.

Pour un gars originaire de Saint-Gabriel, comme moi, cette entreprise incarne l’ère triomphante de l’automobile américaine. De 1957 à 1996, date de son déménagement à NDP, Automobile Lafrenière a été un des plus gros commerces de ma petite ville. Même si je n’ai jamais été un amateur d’automobiles, il m’arrivait, lorsque j’étais enfant, avec des amis, de prendre ma bicyclette pour me rendre chez Lafrenière afin d’y admirer les « chars neufs ». Nous nous disions que le gars devait être bien riche pour en posséder autant à lui seul. Quand un des pères des membres du groupe d’amis s’en achetait un, c’était un événement, presque une fête. Dans le temps, d’ailleurs, ne pas changer de voiture aux deux ans était un signe de pauvreté ou d’avarice!

Quand Automobile Lafrenière a quitté Saint-Gabriel en 1996, cette décision a été vécue, dans la ville, comme la fin d’un monde. À une certaine époque, Saint-Gabriel avait tout d’une petite ville autonome, prospère, dispensant tous les services nécessaires. Pour elle, perdre son vendeur de « chars » ne pouvait être vu que comme un autre signe de son déclin, amorcé quelques années auparavant. Et Saint-Gabriel, en effet, comme beaucoup de villages ou petites villes du Québec, n’est plus ce qu’elle était.

Aujourd’hui, avec GMC qui largue Lafrenière, nous assistons à la fin d’un autre monde, celui du règne de l’automobile à l’américaine. Frappés de plein fouet par la crise financière, la crise du pétrole et la crise écologique, dont ils sont en partie responsables, et victimes de leur mauvaise gestion, les grands constructeurs américains sont désormais en faillite et doivent se tourner vers l’aide étatique pour éviter la disparition.

Sur le plan écologique, cette crise aura du bon en ce qu’elle forcera les constructeurs, sous la pression des gouvernements, à effectuer le virage vert qu’ils auraient dû prendre il y a déjà quelques années. La semaine dernière, le président Obama annonçait une nouvelle politique sur la consommation de pétrole du parc automobile états-unien. Le Canada suivra. Dès 2012, la consommation moyenne des véhicules devra être réduite de 5%. En 2016, elle devra être de 6,6 litres aux 100 km, alors qu’elle est actuellement de 9,4 litres (mais de 5,54 litres en Europe). Ces nouvelles normes équivaudront à retirer, en matière d’émissions de gaz à effet de serre, 177 millions de voitures par année. Il était temps!

On sait, maintenant, que pour préserver la planète des pires effets du réchauffement climatique, les mesures volontaires ne suffisent plus. Quand on les laisse libres en ce domaine, trop de personnes agissent selon le slogan « après moi, le déluge ». Aussi, mon collègue Jean-Pierre Malo a raison d’affirmer, dans L’Action du 24 mai, qu’il « faut s’attendre à ce que de plus en plus de gouvernements dans le monde adoptent des lois contraignantes pour rendre notre monde plus vert et plus propre, mais aussi plus responsable dans l’exploitation des ressources ».

L’automobile, une invention géniale qui reste un instrument de liberté, surtout sur un territoire étendu et peu peuplé comme le nôtre, n’est pas près de disparaître. Mais elle devra, dans l’avenir, être verte, pour éviter que ce soit notre monde qui disparaisse. Si Automobile Lafrenière profite de sa malchance pour se recycler dès maintenant dans la voiture écolo, elle sera peut-être, dans dix ans, l’entreprise du genre la plus prospère de la région.

Louis Cornellier

louisco@sympatico.ca

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