Cours d'éthique et de culture religieuse
Réponse à l'abbé Gravel
Monsieur Raymond Gravel, votre lettre sur le cours Éthique et culture religieuse m'a d'autant plus attristé que j'ai une grande admiration pour vous. Comment pouvez-vous être aussi méprisant pour des citoyens qui demandent qu'on respecte leur liberté de conscience et de religion: «Fanatiques», «ultra-catholiques», sans avoir «évaluer la pertinence et le contenu» du programme. Tout en appuyant la demande d'exemption, je ne me reconnais aucunement sous ces termes: j'ai milité il y a plusieurs années pour la déconfessionnalisation de l'école Notre-Dame-des-Neiges à Montréal; j'ai déjà écrit comment on devrait transformer le présent programme (revue Éthique publique, printemps 2008). Mais je respecte infiniment la liberté de conscience et de religion, donc le droit à l'exemption du cours ÉCR qui constitue le coeur du procès à Drummondville. D'autant plus que je trouve que le programme actuel, malgré les beaux objectifs affichés, contient des faiblesses majeures, surtout lorsqu'il s'adresse aux élèves du primaire. Peut-on discuter à un autre niveau que celui des invectives?
Vous dites que les objectifs du programme sont corrects. Oui, mais avez-vous analysé la structure et le contenu du programme? Avez-vous analysé quelques manuels? Personnellement, je ne pense pas que le cours réponde aux objectifs que vous désirez: «comprendre notre culture et notre héritage collectif» ou «montrer l'influence du christianisme dans l'évolution de la société québécoise». On présente huit religions aux enfants de six et sept ans. Elles sont sur le même pied que des légendes grecques, des mythes et des contes que personne ne donne comme «croyances». Le maître doit rester neutre dans les discussions entre enfants. Je ne vois pas en quoi le cours permettra «d'apprendre à distinguer un récit historique d'une légende ou d'un texte poétique». Au contraire, c'est plutôt la confusion que le programme favorise. Les éléments des religions sont présentés de manière morcelée, sans que l'élève ne puisse saisir la signification profonde de la religion ou le sens qu'elle pourrait donner à sa vie. Le christianisme lui-même y est mal présenté, vidé de tout ce qui fait sa signification. Il n'est pas certain d'ailleurs qu'on lui donne la prépondérance demandée. Quand il est question des besoins de l'enfant, on en nomme cinq ou six, mais jamais les besoins d'ordre spirituel ou religieux ne sont cités. On cherche à développer l'esprit critique des jeunes enfants, y compris vis-à-vis les règles familiales et religieuses. On impose aux enfants du primaire des discussions qui relèvent davantage de la fin du secondaire.
Il n'est pas question de transmission de la foi – on s'entend que celle-ci relève des parents et des communautés – mais de la transmission de connaissances religieuses ou d'acquisition de la culture religieuse qui a fait le Québec, ainsi que d'une véritable formation morale et non d'un cours de citoyenneté.
Les orientations du programme sont confirmées et accentuées par les affirmations et déclarations de certains rédacteurs ou conseillers du programme dans des revues ou des séances de formation organisées par le Ministère: l'un affirme «Tout est légitime»; un autre déclare qu'il faut «apprendre à ébranler la suffisance identitaire» du jeune; un troisième dit qu'il faut décentrer le jeune; un quatrième qu'il faut apprendre à relativiser; une diapositive d'un video de formation signale qu'il faut poursuivre la déconfessionnalisation du système scolaire jusqu'à la «déconfessionnalisation des mentalités».
Dans les manuels utilisés à Drummondville (1e et 2e année), il y a deux prières à la Terre-Mère et au Grand-Esprit, aucune allusion au Notre Père. On parle de la Création en deuxième année en décrivant la légende autochtone du Grand-Lièvre: rien sur le récit biblique. On fait suivre le récit de Noël d'un «réveillon» chez les souris. on ne dit pas pourquoi Jésus pardonne à Zachée. Dans un autre manuel, on demande aux enfants de 12,13 ans d'inventer leur propre religion (fondateur et mythe fondateur, un ou des dieux, un code moral, un livre sacré, quelques rituels, quelques objets de culte): jeu si l'on veut, mais on peut se demander ce que ce jeu induit dans la pensée de l'enfant. Ailleurs, on met la Révélation de Dieu à Mahomet à l'indicatif («Dieu révéla à Mahomet le message divin») alors qu'on utilise le conditionnel pour la Résurrection de Jésus («ses disciples l'auraient rencontré bien vivant»). On décrit la place de la femme dans diverses religions de manière vraiment injuste pour le catholicisme. Une activité de réflexion de type yoga avec les tout petits a pour titre «Graine de doute» et donne le doute comme fruit de l'activité.
Je suis particulièrement abasourdi par votre dernière phrase: «comme prêtre catholique, je fais confiance à la sagesse de nos évêques». Que pensez-vous de la sagesse des évêques sur la contraception, l'homosexualité, le mariage des prêtres, l'ordination des femmes? Question directement de leur ressort pastoral pourtant. Le concile Vatican II a d'ailleurs affirmé que dans les questions concrètes d'aménagement social et politique, il appartient aux laïcs de décider; ceux-ci ne doivent pas penser que leurs pasteurs ont cette compétence, ni mission à cet effet (Gaudium et spes, no 43, paragraphe 2).
Quant à la déclaration de l'épiscopat en 2008, elle rappelle que leur préférence demeure pour les options en enseignement religieux, elle signale de nombreuses faiblesses et difficultés qui affectent le programme, «dont certaines sont contournables», ce qui implique que certaines ne le sont pas. Et leur déclaration contient trois fois l'affirmation qu'ils sont devant un fait accompli: Ils sont loin d'approuver le programme. On peut comprendre leur fatigue quand on sait qu'ils se sont prononcés en faveur des options des dizaines de fois, notamment en 1997, 1999, 2000, 2005.
Guy Durand, théologien retraité
Dunham
Benoît Morin
Commentaire mis en ligne le 29 mai 2009Tout simplement pour prévenir une diatribe anti-ontarienne basée sur la prétention que les valeurs du reste du Canada seraient substantiellement différentes de celles du Québec. L'ancien premier ministre Bouchard a joué de cet argument à une époque. Or je ne crois pas que nous ayons une compréhension spécialement originale de la modernité. Ma mise en garde était un peu baveuse mais... c'est que vous auriez pu faire comme avec Joseph Facal. C'est tout!
En passant, merci pour les compliments sur mon texte mais je vous ferai remarquer que je n'ai rien découvert: tout ce dont je parle est connu pour qui veut s'informer, y a pas de révélation là-dedans. Nos évêques étaient tout à fait en position de savoir tout ça il y a 12 ans, voyons donc. Je crois donc pouvoir supposer que s'ils ont accepté la modification consitutionnelle de 1997, c'est qu'ils ont cru la ministre Marois à l'époque et que le compromis qui avait été trouvé (enseignement de base confessionnelle à l'école et préparation sacramentelle en paroisse) devait leur sembler acceptable à long terme. Mais ce compromis n'était encore qu'un leurre destiné à permettre de passer à une autre étape; et vous voudriez que je ne les trouve pas naïfs au dernier degré de s'en remettre une fois de plus à la bonne foi des technocrates du ministère de l'Éducation? Ils sont bien les seuls citoyens au Québec à faire confiance à cette machine-là que la ministre Courchesne elle-même ressent le besoin de brasser publiquement de temps en temps. On n'est pas obligé d'accepter d'être dupe, il y a moyen: faire comme toutes les minorités, revendiquer, ne pas se laisser encadrer par l'autre camp. Il n'y a là aucun mal. Et ce n'est pas perdu d'avance.