Ignatieff séduira-t-il le Québec?
En Michael Ignatieff, le Parti libéral du Canada (PLC) s’est donné un chef de qualité. Depuis Trudeau, cette formation politique n’avait jamais eu à sa tête un penseur de cette envergure intellectuelle. Élu par acclamation lors du congrès national du PLC qui s’est tenu en fin de semaine dernière à Vancouver, ce nouveau leader libéral saura-t-il présider à la réconciliation entre le Québec et Ottawa? Rien n’est moins sûr.
Michael Ignatieff est un intellectuel de fort calibre. Magnifiquement écrit, son plus récent essai intitulé Terre de nos aïeux (Boréal, 2009) en constitue la preuve éclatante. Vibrant éloge du Canada, cet ouvrage au ton romantique avance qu’ « aimer son pays est un acte d’imagination » et que le sentiment d’appartenance à une nation est essentiel puisqu’il donne « le sentiment que notre vie rejoint celle de ces inconnus que nous appelons nos concitoyens ».
Ignatieff, pour autant, n’est pas naïf. Il reconnaît que le sentiment patriotique est controversé parce que les citoyens ne s’entendent pas toujours sur leur conception du pays. Il insiste donc sur la nécessité du débat et sur l’idée, originale, que la responsabilité du patriote est aussi « d’imaginer les sentiments de ceux qui ne pensent pas comme nous ».
Trois mythes rivaux –l’anglais, le français et l’autochtone- sont en concurrence au Canada. Pour parvenir à les réconcilier, sans les fondre les uns dans les autres, les citoyens doivent les reconnaître et accepter, malgré des désaccords, de travailler ensemble. Aimer notre pays, affirme Ignatieff, ce n’est pas aimer ce qu’il est maintenant, mais plutôt ce qu’il pourrait devenir. « Notre vie commune en tant que peuple, écrit le chef du PLC, a pour objectif de réduire l’écart qui sépare le pays réel du pays rêvé. »
Séduisante par son lyrisme et son ton rassembleur, cette invitation à contribuer à l’avènement du pays rêvé ne fera toutefois pas de miracles. Le blocage canadien, en effet, résulte justement du fait que les Québécois ne rêvent pas au même pays que les Canadiens anglais. Attachés au principe des deux peuples fondateurs, auquel s’ajoute la reconnaissance des peuples autochtones, la plupart des Québécois qui croient encore au Canada rêvent, au fond, d’une sorte de souveraineté-association qui, sans passer par l’indépendance, donnerait au Québec les outils dont il a besoin pour s’épanouir en tant que nation. Depuis une cinquantaine d’années, ce rêve, pour les nationalistes québécois demeurés fédéralistes, s’est appelé statut particulier, société distincte ou fédéralisme asymétrique et a toujours signifié la recherche d’une plus grande autonomie dans tous les domaines, notamment en matière culturelle et d’action internationale.
Or, cette quête d’autonomie, même pensée dans le cadre canadien et sans préjudices pour les autres provinces, a été accueillie, au Canada, par un refus de plus en plus catégorique. Ce n’est pas pour rien que même un parti fédéraliste comme le Parti libéral du Québec a toujours refusé de signer la constitution canadienne de 1982.
Aujourd’hui, un politicien fédéral qui prendrait parti pour la reconnaissance de la nation québécoise et, c’est essentiel, pour des modifications constitutionnelles qui iraient en ce sens serait violemment rejeté dans le reste du Canada. Les souverainistes, pour leur part, en ont donc tiré la conclusion que le rêve québécois ne trouverait jamais sa place au Canada.
Avec une grâce littéraire envoûtante, Ignatieff tente de convaincre les Québécois hésitants que le rêve canadien n’est pas incompatible avec le rêve québécois. Or, parce qu’il ne saurait le faire sans s’aliéner le reste du Canada, il ne leur offre rien de concret. Si j’étais un Canadien anglais, je voterais peut-être pour lui. Comme je suis un Québécois, je me contenterai de saluer ses talents d’écrivain.
Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca
Patrick M.
Commentaire mis en ligne le 7 août 2009Nous vivons une situation où la majorité agit comme si elle était minoritaire et vice-versa. Mais tu as bien résumée la problème. Si les commerçants nous servent en anglais, c'est que la plupart agissent en colonisés et acceptent d'être servis en anglais sans protester.
Il faut se mobiliser collectivement et globalement. Ça ne doit pas être seulement un petit groupe mais tous les francophones qui refusent d'être servis en anglais. Si seulement un petit nombre refuse, la situation ne peut qu'empirer.
Cessons d'agir en colonisé ou nous courrons à notre perte. La vraie raison du déclin, c'est qu'on se laisse faire. On envoie le message qu'on n'a pas besoin de parler français au Québec. Les commerçants le savent et ne se forcent donc plus.
Il faut carrément boycotter, ensemble, tous les Québécois, quiconque refuse de nous servir en français. C'est la seule façon de leur faire comprendre