Éloge des « patates »
En matière d’alimentation, j’appartiens à la catégorie des « difficiles ». Je ne mange rien qui contient des tomates ou du fromage. Je souffre, de plus, d’intolérance alimentaire au glutamate monosodique, un agent de sapidité mieux connu sous le nom de « accent », dont abusent les restos grecs ou asiatiques. Ne m’invitez donc pas à manger chez vous, c’est trop compliqué.
J’ai pourtant déjà été critique gastronomique dans ma jeunesse. Une fois ou deux par mois, mon ami Benoît Yale, qui avait une voiture, mon jeune frère Dominique et moi parcourions, au hasard, les routes de Lanaudière en quête d’une quelconque « patate » à essayer. Nous y mangions hamburgers, hot-dogs et frites et procédions, ensuite, à un classement sur une échelle de une à cinq étoiles.
Cela, bien sûr, peut faire sourire. La gastronomie en question, en effet, n’était pas des plus relevées. Il n’empêche que, même dans cette gamme alimentaire populaire, nous constations des écarts importants d’un endroit à l’autre. Faire de bonnes frites et de bons hamburgers, quoi qu’en pensent certains, reste un art, de même que créer une ambiance agréable. Nous étions jeunes, issus des classes populaires, pas élitistes pour deux sous, mais néanmoins sensibles aux qualités d’une bonne « patate ».
De cette expérience de jeunesse m’est resté le plaisir de fréquenter ces petits restos simples et singuliers. Contrairement à d’autres, je n’ai pas de mépris pour les grandes chaînes genre McDo ou Saint-Hubert. Leur uniformité a parfois quelque chose de rassurant. Je trouve néanmoins, dans les « patates », une atmosphère plus intime, plus brouillonne, qui me les rend particulièrement sympathiques.
Aujourd’hui, pour des raisons qui ne vous intéressent pas, je m’y rends plus souvent pour déjeuner que pour bouffer des frites, mais je n’ai pas perdu mes bonnes vieilles habitudes de critique gastronomique, qui s’appliquent désormais aux œufs brouillés et aux patates à déjeuner. Et en bon journaliste qui se fait un devoir de répandre des informations essentielles, je vous livre ici, sans réserve, la liste de mes « patates » préférées, que je vous incite à comparer avec la vôtre.
Située sur la rue Principale à Saint-Félix-de-Valois, la « patate » Au Royaume des Frites brille par l’efficacité de son service et la qualité de ses déjeuners traditionnels. Avenantes, ses serveuses en font juste assez pour être agréables et évitent une courtoisie obséquieuse qui fatigue à 8 heures du matin. On y mange, à mon avis, les meilleures patates à déjeuner de la région (désolé pour celles que je n’ai pas encore goûtées).
Quelques kilomètres plus loin, sur la route Louis-Cyr à Saint-Jean-de-Matha, le resto Ilo Pirate se démarque lui aussi par la qualité de sa bouffe. Ses œufs brouillés sont veloutés et ses patates rôties, exquises. La concurrence, dans ce secteur de la région, est forte dans le domaine de la restauration populaire. Chaque fois, je me dis que je devrais bien aller voir chez le voisin, mais l’Ilo finit par m’attirer. Je suis fidèle, quoi.
À Saint-Damien-de-Brandon, sur le chemin Montauban, Chez Matthys est ma place. Trait original, c’est généralement l’homme qui sert aux tables, alors que la femme s’active dans la cuisine. Tout petit, chaleureux, ce resto à la bonne franquette incarne à merveille la charmante « patate » de campagne.
Pour moi, enfin, Chez Pauline, à Saint-Gabriel, ma ville natale, jouit d’un statut particulier. Comme ma nièce Camille le faisait récemment remarquer à ma mère, l’ouverture de cette « patate », à Saint-Gabriel, symbolise pour plusieurs l’arrivée du printemps. On me dit que la place a été rénovée. J’espère qu’elle n’a pas perdu son âme. De sa vieille terrasse, on avait une belle vue sur le lac Maskinongé. Le resto Chez Pauline est aussi reconnu pour l’extrême rapidité de son service. Sa bouffe est ordinaire, mais elle a, pour moi, un goût de soleil et d’enfance. Et cela, inutile de vous le dire j’imagine, goûte bon.
Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca
Lisette Falker
Commentaire mis en ligne le 29 avril 2009Tu as oublié de préciser, à propos de Chez Pauline, que la poutine y est exceptionnelle! Le secret est dans la sauce... :-) Pour ce qui est des déjeuners, il fut un temps où le Resto Le Valois de St-Félix (du temps de Johanne!) servait les meilleurs déjeuners de la région! Hey, la saison estivale commence! Bonnes dégustations!