Notre sport régional
Le hockey est notre sport national. Là-dessus, fédéralistes et souverainistes, immigrés et pure laine, gens de gauche comme gens de droite et vieux comme jeunes s’entendent. Récemment, deux théologiens québécois publiaient même un ouvrage intitulé La religion du Canadien de Montréal (Fides, 2009). C’est dire la passion que suscite ce sport au pays.
Le symbole, il faut le dire, est assez beau. Quand il est bien pratiqué, le hockey est un sport rapide, élégant et sainement robuste qui fait appel à l’adresse, à la détermination et à l’esprit d’équipe. Si on avait l’intelligence et le courage, un jour, d’en exclure les bagarres, les coups vicieux et la violence qui le défigurent trop souvent, ce sport serait plus pleinement digne de représenter l’esprit québécois ou, pour ceux qui préfèrent, canadien.
Or, cet hiver, j’ai eu la chance et le temps d’aller patiner fréquemment sur la rivière L’Assomption avec ma femme ou mon frère. Et cette expérience plus qu’agréable m’amène à formuler la proposition suivante : nous devrions décréter que le patin à glace est notre sport régional, la pratique sportive lanaudoise par excellence.
Installation unique au Québec, la patinoire de la rivière L’Assomption est un joyau de notre patrimoine naturel. Grâce aux employés de la CARA qui, avec un peu d’aide de la météo, la transforment en un long ruban glacé d’une exceptionnelle magnificence, elle attire chaque année des milliers d’entre nous qu’elle réconcilie avec l’hiver.
La plus grande vertu de cet aménagement est probablement son caractère éminemment démocratique. Sur cette patinoire, en effet, on rencontre, patins aux pieds, des gens de tous les âges, de toutes les catégories sociales et de tous les styles. Des anciens hippies qui ressortent leurs vieux patins de cuir de l’époque de Jean Béliveau, des dames discrètes adeptes de la glisse tranquille, de jeunes papas ou mamans qui poussent le landau, tirent le traîneau ou initient leurs petits au plaisir du sport d’hiver, des rapides sur grandes lames, des zen qui ne détestent pas une petite jasette sur un banc, des élèves que leurs profs tentent de faire bouger un peu et beaucoup de retraités.
C’est Viateur Dubé, Roch Bélanger, Jean Doucet, André Desbiens, Yves Hébert et Jean-Noël Marion, tous retraités de l’enseignement. C’est le maçon intello Alain Lavallée; le docteur Benoît Côté et sa femme qui se rendent au travail en patins. C’est André Nadeau, notre directeur de l’information, qui vient y faire son effort sportif quotidien, et tous les autres que je ne connais pas et que je salue.
Je vous parle, ici, vous l’aurez compris, d’une vraie et belle fête du sport de participation qui fait l’honneur de notre région. Et pour les accompagnateurs allergiques à la glace, il y a le beau sentier de marche du splendide parc Louis-Querbes, désormais accessible même en hiver, quand on parvient, en semaine, à trouver un espace pour garer sa voiture. La Ville de Joliette devrait d’ailleurs, pour régler une partie de ce problème, permettre aux patineurs et marcheurs de se stationner, le jour, sur le chemin de la piscine municipale.
La patinoire du lac Rawdon, nous apprenait récemment Élise Brouillette, est « magique », elle aussi. L’anneau de glace du parc des Dalles, à Joliette, si la ville daignait s’en occuper, le serait aussi. Les patinoires de quartier, un peu partout dans la région, sont nombreuses et souvent belles.
Qu’attend-on pour faire du patin sur glace, ce sport ancestral, noble, pacifique, vivifiant et, surtout, démocratique, notre sport régional? Nous ferions ainsi, j’en suis sûr, des jaloux.
Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca