Hommage à mes enseignants
C’était, il y a deux semaines, la Semaine des enseignantes et enseignants québécois, un moment propice de l’année pour souligner le travail essentiel de ces professionnels qui permettent à la jeunesse d’entrer dans le monde en étant bien équipée culturellement. Mais puisque c’est chaque jour, au fond, que ce travail mériterait d’être salué, je me permets aujourd’hui de revenir sur le sujet en rendant hommage aux enseignants qui ont bellement contribué à ma formation.
Je n’ai, tout au long de mon parcours scolaire, fréquenté que des écoles publiques. Chez nous, l’école, c’était ça, et pas autre chose. J’en conserve un souvenir très reconnaissant. À l’école primaire, à Saint-Gabriel, les Georgette Mondor, Huguette Turcotte, Denyse Roy, Diane Allard, feue Solange Lafrenière, Paulette Bibeau, Thérèse Beausoleil, Armande Paquin, Pierrette Arseneault et Louis-Philippe Drouin m’ont appris à lire, à écrire, à compter et, surtout, à aimer l’école. Jamais, dans leur classe, ne me suis-je ennuyé. Je sais, grâce à eux, que le cas du bon élève qui perd son temps en classe régulière est un mythe. Quand il m’arrivait de terminer un travail avant les autres, ces enseignants trouvaient toujours le moyen de m’occuper de façon stimulante et formatrice.
Au secondaire, la liste est longue de ceux et celles à qui je dois tant. À l’école Bermon, à Saint-Gabriel, en français, Michel Archambault m’a transmis la passion du roman en lisant, en classe, de larges extraits de Marathon Man, un livre de William Goldman; Jocelyn Richard m’a montré qu’on pouvait être à la fois rigoureux et cool dans notre rapport à la langue. C’est grâce à Jacques Duchemin que je suis, aujourd’hui, capable de lire en anglais. Avec raison, il n’hésitait pas, à contre-courant de la stérile mode pédagogique actuelle, à nous expliquer en français comment fonctionnait l’anglais… et nous comprenions.
Le dynamique Rodrigue Denis m’a donné le goût de la biologie et de la course à pied. La tenace Margot Beausoleil, qui a enseigné à tous mes frères et sœur et même à ma nièce récemment, m’a fait connaître et comprendre l’histoire de mon pays. André Desrochers, après Étienne Dénommée au primaire, a entretenu ma passion du sport et Sœur Yvette Brouillette, celle de la musique. Claude Gélinas a su me parler de religion sans être infantilisant.
Michel Savoie a bien essayé de me rendre moins gauche en dessin technique, mais ça, je ne l’avais pas. Jean-Guy Hérard, feue Michèle Armstrong et Sœur Monique Dupuis m’ont déniaisé en matière d’algèbre, alors qu’André Clément, un petit homme à moustache, toujours en complet trois pièces, qui n’avait rien du look jeune, s’est imposé comme le maître d’entre les maîtres, en faisant progresser même les plus nuls en science d’entre nous qui l’adoraient.
À l’école L’Érablière, de Saint-Félix-de- Valois, en 5e secondaire, la douce Micheline Champagne a nourri et confirmé mon penchant pour la poésie. En morale, l’intense Camille Desrochers est parvenu à convaincre même les plus rebelles que le respect et l’amour du prochain étaient les clés du bonheur. Le calme Jean-Maurice Adam m’a introduit avec clarté aux lois de la physique et le chaleureux Guy-Serge Lanoue a rendu, cette année-là, les maths conviviales. Parfois découragée par notre douteux accent anglais, Thelma Dimitri n’a pourtant jamais perdu le sourire et l’espoir de nous rendre un peu plus « fluent » dans cette langue.
Je ne saurais oublier, enfin, le généreux Robert « Tit-Bé » Boucher, le Rocky Balboa de Saint-Gabriel, mon idole de jeunesse, qui fut, en parascolaire, pendant trois ans, mon prof de lutte olympique et qui a tant contribué à me transmettre une saine culture du sport.
À vous toutes et tous, chers enseignants engagés qui ont fait de moi un élève heureux et habité par le plaisir d’apprendre, je dis merci pour tout. Je souhaite aux jeunes d’aujourd’hui de pouvoir en dire autant de leurs profs dans vingt ans.
Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca