Quand Sarko nous traite de sectaires
En 1995, lors du dernier référendum sur la souveraineté du Québec, plus de 60% des Lanaudois ont appuyé l’option du Oui. Étaient-ils alors animés par la détestation des Canadiens, le sectarisme et le repli sur eux-mêmes? Se sont-ils comportés en esprits bornés?
C’est en tout cas ce que pense d’eux, et de tous les souverainistes québécois, le président français Nicolas Sarkozy. Dans le discours qu’il a prononcé à l’occasion de la remise du grade de commandeur de la Légion d’honneur à Jean Charest, le 2 février dernier, l’homme politique a renié la tradition de « non-ingérence, non-indifférence » dans les relations de la France avec le Québec.
Dans une diatribe échevelée qui s’apparentait aux propos d’un gars qui a pris un verre de trop et qui a perdu le sens de la mesure, Sarkozy, sans même avoir le courage de les nommer, a dépeint les souverainistes comme des gens agressifs, semeurs de division et peu ouverts d’esprit. Ces accusations, mollement accueillies par Jean Charest, sont pourtant une insulte à l’intelligence et illustrent, pour reprendre les mots de Gilles Duceppe, une « ignorance crasse de la situation québécoise ».
L’option souverainiste ne repose pas sur la haine de l’autre, mais sur le désir parfaitement sain d’assumer pleinement notre liberté et nos responsabilités. Le Canada et la France sont des pays souverains. Détestent-ils pour autant les pays voisins? Ils tiennent simplement à mener eux-mêmes leurs affaires. « Si tant est que la souveraineté est une bonne chose pour la France et le Canada, remarque Gilles Duceppe, pourquoi serait-ce si mauvais pour les Québécois? » Le Canada accepterait-il de renoncer à sa souveraineté pour se fondre aux États-Unis? En refusant cette voie, témoigne-t-il de sa fermeture d’esprit? Sarkozy accepterait-il que les politiques françaises soient déterminées par ses voisins allemands ou italiens, même s’il les aime? Pourquoi en irait-il autrement du Québec? Être déjà souverain serait noble, mais vouloir le devenir serait inacceptable? Ce discours est incohérent.
En reprenant l’argument selon lequel le désir québécois de souveraineté serait animé par « l’enfermement sur soi-même », Sarkozy fait preuve d’une puissante mauvaise foi. C’est précisément la volonté d’en finir avec cet enfermement qui nourrit le projet souverainiste. Actuellement, en effet, le Québec est enfermé à l’intérieur du Canada et n’a pas de véritable existence internationale. Pour parler au monde, pour conclure des ententes avec des partenaires étrangers, pour participer à des événements sportifs internationaux même, le Québec doit obligatoirement obtenir l’assentiment de son tuteur canadien qui le tient en laisse. La souveraineté lui permettrait de se libérer de ce carcan et d’avoir accès directement au vaste monde. Ce sont ceux qui s’y opposent qui nous enferment dans la réserve québécoise.
Quand notre identité est forte, affirme enfin un Sarkozy avec des accents adéquistes, on n’a pas besoin d’en revendiquer la reconnaissance. Or, tous les traités de philosophie et de psychologie le disent, la force d’une identité passe par sa reconnaissance par les autres. Aussi, le Québec, privé d’existence effective sur la scène internationale et reconnu du bout des lèvres par un Canada qui refuse de constitutionnaliser son statut de nation, a besoin de la souveraineté pour raffermir son identité qui, sans cela, est condamnée à la fragilité. Refuser de reconnaître pleinement l’identité d’un peuple pour ensuite l’accuser de faire preuve de faiblesse identitaire a quelque chose d’illogique et de mesquin.
Grands amis du financier Paul Desmarais qui a fait du combat contre la souveraineté du Québec l’obsession de sa vie, Sarkozy et Charest sont des mercenaires qui tentent de faire passer les vrais défenseurs des intérêts du Québec pour des doctrinaires. Ils souhaitent que nous nous soyons ouverts à leur fermeture… jusqu’à l’extinction. Comme dirait l’autre, c’est qui le cave?
Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca
Pierre Paquette, député de Joliette
Commentaire mis en ligne le 12 février 2009Bravo à Louis Cornellier pour sa clairevoyance. J'ajouterais seulement que Sarkosy défend aussi des intérêts français très douteux. Ainsi, sa volonté de se rapprocher du gouvernement canadien tient beaucoup à son copinage avec les dirigeants de la pétrolière Total qui ont les yeux sur les sables bitumineux de l'Ouest ( une production extrêment poluante de pétrole que Obama a qualifé de pétrole sale) et au pojet de privatisation de la filière nucléaire par les conservateurs que des intérêts français reluquent.
Mercenaire à la solde d'un certain capitalisme maintenant mis à mal par la crise économique Sarkosy n'a pas de leçons à donner à qui que ce soit...