Les connaissez-vous?
Ils sont plus de 2200, proviennent de partout dans la région et sont revenus « en ville », la semaine dernière. Souvent, dans les restos et commerces de Lanaudière, ce sont eux qui vous servent. L’été, ils animent les journées de vos enfants dans les parcs. Ce sont, vous l’avez probablement deviné, les cégépiens et cégépiennes de chez nous. Vous croyez peut-être les connaître, mais est-ce vraiment le cas?
Ces jeunes, en effet, n’ont pas toujours bonne réputation. D’après un sondage Léger Marketing paru en 2008, les baby-boomers considéreraient que les jeunes manquent de respect envers l’autorité, sont égoïstes, font peu d’efforts et ont perdu le sens des valeurs familiales. Mais qu’en est-il vraiment?
Dans un ouvrage intitulé Entre la classe et les Mcjobs (PUL, 2008), le sociologue Jacques Roy trace un portrait plus rigoureux de la nouvelle génération de cégépiens. Il montre qu’ils ne sont pas, dans la plupart des cas, ceux que l’on croit. L’étude de Roy s’applique aux cégépiens de tout le Québec, mais on peut présumer que ceux de notre région ne font pas exception.
Plus souvent de sexe féminin (63%) que masculin, ils sont 7 sur 10 à vivre encore chez leurs parents, dont 53% avec leurs deux parents. Cette situation, en général, les satisfait. Ils reçoivent, selon eux, un bon soutien parental. Roy note d’ailleurs qu’il s’agit là d’un important facteur de réussite scolaire et que cela est trop peu connu, puisque même « les parents ignorent généralement l’influence qu’ils peuvent avoir sur leurs jeunes quant à leur parcours scolaire ». Souhaitons donc que le message soit reçu.
Quand on leur demande quelles sont leurs principales valeurs, les cégépiens répondent, dans l’ordre, le respect, l’honnêteté, la famille, l’amitié, l’amour, la fidélité et les études. Dans l’univers scolaire, ils valorisent, disent-ils, l’effort. Il s’agit d’une bonne nouvelle puisqu’il y aurait, selon Roy, « une forte association entre l’adhésion à cette valeur et un rendement scolaire élevé ou une persévérance accrue dans le programme d’études. » Les cégépiens qui réussissent moins bien seraient, en effet, plus nombreux à valoriser surtout le plaisir, le présent, la consommation et la compétition. Preuve, s’il en est besoin, que le sens de l’effort peut fort bien s’accompagner de l’esprit de coopération, une combinaison qui expliquerait d’ailleurs le succès plus éclatant des filles.
Contrairement à leurs prédécesseurs (20% à la fin des années 1970), les cégépiens actuels sont très nombreux (72%) à occuper un emploi rémunéré pendant leurs études. Ils le font surtout pour acquérir une autonomie financière puisque seulement 15% d’entre eux travailleraient pour assurer leur subsistance. Dans la mesure où cet emploi rémunéré ne dépasse pas 20 heures par semaine, cette situation n’est pas nuisible à la réussite scolaire. Si cet engagement dépasse 25 heures, toutefois, les résultats s’en ressentent. Les cégépiens, en majorité, font passer leurs études avant leur emploi, mais ils ne sont pas insensibles aux valeurs de la société de consommation, qu’ils ne contestent plus. Les parents, les institutions scolaires, les employeurs et les décideurs politiques doivent donc veiller à encadrer le travail étudiant, afin d’éviter qu’il nuise à la réussite scolaire.
Les cégépiens qui réussissent, nous dit cette étude, bénéficient, dans la plupart des cas, d’un bon soutien parental, ont des valeurs bien ordonnées, consacrent un nombre raisonnable d’heures à un emploi rémunéré et, souvent, participent à des activités parascolaires (un facteur important de motivation scolaire, sur lequel il faudra revenir). Il faut donc comprendre qu’un vrai plan d’aide à la réussite passe moins par des élucubrations psycho-cognitivo-pédagogiques que par une mobilisation sociale qui concerne toute la communauté. Ce qui se passe hors de la classe compte autant que ce qui se déroule entre les murs.
Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca
Pierre Grandchamp
Commentaire mis en ligne le 4 février 2009Vous parlez comme un grand livre quand vous écrivez:"Ce qui se passe hors de la classe compte autant que ce qui se déroule entre les murs.".
J'abonde dans votre sens quand vous parlez de l'implication dans le milieu scolare.Comme facteur de motivation et comme facteur de développement de la personnalité.
Eh oui! La gent féminine domine, tout come à l'Université.
Le problème de la motivation aux études chez les garçons vers la fin du secondaire en est un qui, pour ma part, m'a questionné...et me questionne encore!
Nos professionnels et nos techniciens seront de plus en plus des professionnelles et des techniciennes..
Alors quand je lis certains discours de droite qui veulent ramener la femme à la maison, je fais de l'urticaire!!!