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Un doute de Noël

Louis Cornellier par Louis Cornellier
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Article mis en ligne le 17 décembre 2008 à 9:57
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Un doute de Noël
Pour saluer Noël, une belle tradition veut que les contes soient en vedette. Sans vouloir jouer les trouble-fêtes, je vous raconterai, ici, mon doute et mon espérance.

La fête de Noël, c’est une évidence, n’est plus ce qu’elle était au Québec. De plus en plus de nos contemporains se déclarent incroyants et vivent cette période de l’année comme une orgie commerciale ou, au mieux, comme un simple moment de repos et de rencontres familiales. « La foi chrétienne, constate le père Normand Provencher dans un petit ouvrage intitulé Croire à quoi? Croire en qui?, exerce de moins en moins d’influence sur la vie concrète des gens et sur la société. Sa force de persuasion et de rayonnement semble se tarir. »

Symbole de ce recul de la pratique religieuse au Québec, l’église de Saint-Gabriel-de-Brandon, dans laquelle presque toute ma famille et moi avons été baptisés, est fermée pour l’hiver et la paroisse ne reçoit un prêtre qu’aux deux semaines. À Joliette, les célébrations religieuses sont nettement moins nombreuses qu’il y a 10 ans.

La foi d’hier, celle de l’enfance pourrait-on dire, n’est plus. Ses images d’Épinal n’ont pas résisté à la modernité scientifique et à une lecture plus critique des Évangiles. Cette remise en question des idées reçues du christianisme traditionnel justifie-t-elle pour autant un rejet de la foi au nom de la lucidité?

Devant cette contestation, certains chrétiens, convaincus de détenir la vérité dans un monde qui s’égare, choisissent de se replier sur leurs dogmes. Pour l’avenir du christianisme, cette attitude est mortelle. Le doute, au fond, est au cœur de toute foi authentique et ne devrait pas faire peur. Même Mère Teresa, apprenait-on en 2007, en a fait l’expérience. « Je n’ai jamais lu la vie d’un saint où il lui arrivait d’être dans une obscurité spirituelle aussi intense », écrivait à son sujet le père Brian Kolodiejchuk.

Ce témoignage devrait nous aider à comprendre que la foi adulte ne va jamais de soi et qu’elle est toujours, selon la formule du franciscain Arnaud Corbic, « un doute surmonté ». Elle a besoin, ajoute le père Provencher, « de la contestation pour ne pas s’enrouer ».

La foi n’est pas d’abord une morale et encore moins une thérapie. Elle est une quête de vérité, suscitée par la « présence de l’absence », pour reprendre les beaux mots de la poétesse lanaudoise Rina Lasnier, ressentie par l’humain chercheur de sens. Si cette présence avait la clarté de l’évidence, l’humain perdrait la liberté de consentir à Dieu. Au contraire, poursuit Arnaud Corbic dans la revue Relations de décembre 2008, « cette présence-absence laisse toute la place à l’être humain : celui-ci est libre d’exister humainement avec Dieu ou sans Dieu, de croire ou de ne pas croire à lui, dans un monde qui précisément se passe de lui et ne l’invoque plus. »

Pour le chrétien moderne, donc, l’incroyance ne doit pas être considérée comme un ennemi de l’extérieur, mais comme une compagne de route qui permet à sa foi de se libérer de la fausse image d’un Dieu tout-puissant qui s’impose. Le doute, au fond, libère la foi de ses certitudes dogmatiques pour faire place à une espérance, forte, comme le Dieu de Jésus, de sa fragilité.

Et l’espérance de Noël, ce n’est pas tant un Dieu qui fait du bien et qui rassure, mais, comme l’écrit encore Provencher, « le Dieu heureux de venir habiter parmi nous et qui devient si proche de tout humain et si présent à chacun que c’est l’amour et le service des affamés, des prisonniers, des pauvres qui l’honorent. […] Le véritable culte rendu à ce Dieu est de rendre le monde plus humain, plus libre et plus vivant. » Ce Dieu ne craint pas le doute, mais l’indifférence.

Joyeux Noël à tous, même aux incroyants!

Au plaisir de vous retrouver en janvier.

Louis Cornellier

louisco@sympatico.ca

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Dany Lavigne

Commentaire mis en ligne le 18 janvier 2009
Cher Louis,
Le catholicisme n'en serait sûrement pas rendu là si l'Église n'avait pas autant véhiculée l'idée que le doute est un péché s'opposant à la foi.Le dogmatisme est une maladie dont trop de croyants (toutes religions confondues) sont atteints.
Dommage qu'il n'y ait pas plus de croyants éclairés comme toi...
Au plaisir,
Dany

Ano Nyme

Commentaire mis en ligne le 24 décembre 2008
Après avoir lu cet article, je dois vous avouer que je me suis posée plusieurs autres questions et je dois féliciter, au moins sur ce point.

Par contre, je suis en désaccord sur votre vision de cette fameuse foi en Dieu. Bien sûr, je comprend qu'il est difficile pour un auteur de se prononcer sur ce sujet sans se faire rabrouer, mais le but d'une "lettre ouverte", n'est-elle pas de faire réagir? Je pense que oui...à quoi bon dire son opinion si l'on ne peut en débattre?? Je pense que la foi en Dieu est plus comme la vision qu'avait Éric-Emmanuel Schmitt dans Le Visiteur. La croyance, c'est un dernier recours, un dernier S.O.S que l'homme envoie à une force supérieure pour faire face à la mort qu'il ne peut pas, lui-même,affronter. Dire que c'est une "quête de vérité" est pour moi tout à faire marginal. Je m'explique. Par exemple, si on transformait cette affirmation en une chose concrète, ce serait un peu comme étudier le corps humain en se basant sur un squelette de poisson ou comme comparer des pommes avec des oranges...l'image de Dieu serait un homme supérieur à la condition des hommes, alors comment se comparer ou même trouver quelque chose de véridique dans une personne si différente de nous?? C'est totalement impossible...

Sur cela, je vous souhaite de joyeuses fêtes.

p.s: Pourquoi ne pas avoir signé en vous donnant mon vrai nom? Parce que, c'est simplement que le mystère, comme dans toutes choses de la vie, est beaucoup plus intéressant à faire perdurer qu'une simple vérité...

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