Sylvie Boucher est la coordonnatrice de Moisson Lanaudière.
- Photo Geneviève Blais
Plus de 4 000 familles lanaudoises affrontent la faim
L'achalandage grimpe dans les banques alimentaires
De plus en plus de familles lanaudoises ont recours aux banques alimentaires afin de mettre du pain sur la table. La situation est si préoccupante que Sylvie Boucher, coordonnatrice de Moisson Lanaudière, envisage déjà que 2009 sera catastrophique.
«Ça fait neuf ans que je suis ici et je pense que 2008 a été la pire année», soutient-elle. La hausse du prix de l'essence n'aidant pas, la demande pour le dépannage alimentaire a augmenté de 8 % dans Lanaudière. De 4 000 à 5 000 familles par semaine font appel aux organismes de la région afin de se nourrir.
«Nous aidons des gens qui sont sur l'assurance-emploi, qui reçoivent de l'aide sociale, mais aussi des gens qui travaillent et n'arrivent pas à joindre les deux bouts», souligne Mme Boucher. Elle donne l'exemple d'un couple qui travaille au salaire minimum et qui, avec la flambée du prix de l'essence, a dû se résoudre à aller chercher de l'aide.
«Le visage de la pauvreté a beaucoup changé», mentionne-t-elle.
Cette augmentation de la demande, Marjolaine Demers, coordonnatrice de La Manne quotidienne, l'a elle aussi remarquée. À la même période, l'an passé, environ 400 dossiers avaient été ouverts. Aujourd'hui, on en dénombre 750. Et les demandes arrivent de toutes parts.
«Le gaz, l'épicerie, le logement, tout coûte très cher, indique Mme Demers. Une fois par semaine, les gens viennent chercher leur panier.»
Du côté du comptoir alimentaire de la Haute Matawinie, de 55 à 60 familles ont recours au service chaque semaine. «Il y a eu une hausse lorsque les usines ont fermé et, depuis, c'est assez stable», précise Rosanne Gilbert, coordonnatrice.
Les besoins pour le dépannage alimentaire ont bondi dans la région, mais l'approvisionnement ne suit pas pour autant. «Nous avons de la misère à obtenir des fournitures. Habituellement, on calcule 80 kilogrammes par famille et nous sommes obligés d'en donner moins», précise Sylvie Boucher.
Moisson Lanaudière ne reçoit pas autant d'aliments provenant des épiceries et a dû se résoudre à fonctionner avec 200 000 kilos de fruits et légumes en moins. «Les récoltes des agriculteurs n'ont pas porté fruit cette année, note-t-elle. Nous avons reçu environ 20 % de moins de stocks.»
Mme Boucher a déjà vu l'entrepôt de la rue de Lanaudière pleine à craquer. Ce n'est pas le cas à l'heure actuelle. Moins de la moitié de l'espace est occupé par les denrées non périssables.
La traditionnelle générosité des gens devrait grandement aider en cette veille du temps de Fêtes. Les besoins de l'organisation s'étendent toutefois sur douze mois. C'est pourquoi Sylvie Boucher entend recontacter les fournisseurs au début 2009, une année qui ne s'annonce pas rose.
«Je pense que 2009 va être catastrophique, à cause des pertes d'emplois», indique-t-elle. Elle compte sur la bonté des Lanaudois pour permettre aux gens les plus démunis de manger à leur faim durant toute l'année.