Choisir, malgré tout
Même si la campagne électorale qui s’achève n’aura pas réussi à soulever l’enthousiasme, lundi prochain, malgré tout, il faudra bien choisir. Ceux qui décideront de ne pas aller voter pour protester contre la classe politique et les programmes proposés se donneront peut-être bonne conscience, mais ils n’auront pas d’influence. « On ne s’en sort pas : ce sont ceux qui prennent la peine de voter qui décident, écrivait André Pratte en 2003. […] On ne vote pas pour élire le gouvernement idéal; on vote pour choisir le meilleur gouvernement possible.» Sur quels critères, dans ces conditions, faut-il fonder notre choix?
Pour justifier sa décision d’appuyer, à titre personnel, le candidat libéral Christian Trudel, François Charbonneau, président de la commission scolaire des Samares, avance l’argument selon lequel, dans la circonscription de Joliette, « la couleur politique a moins d’importance que la personnalité ». Avantageusement connu dans le milieu lanaudois de la formation professionnelle, Trudel, sur cette base, serait un choix avisé, selon plusieurs. La candidate péquiste Véronique Hivon lui dispute toutefois le statut de personnalité la plus forte. Bardée de prestigieux diplômes et détenant une solide expérience politique malgré son jeune âge, la joliettaine d’origine a été présentée, par Le Devoir, comme une tête d’affiche et un « gros bonnet » du PQ. « Et franchement, en toute objectivité, écrivait le journaliste Stéphane Baillargeon le 17 novembre dernier, Véronique Hivon a tout ce qu’il faut pour se démarquer avantageusement. »
Selon ce critère de la personnalité, la lutte se jouerait donc entre ces deux grosses pointures. L’adéquiste Pascal Beaupré, en effet, ne se démarque pas sur ce plan. En public, on le sent souvent mal à l’aise. Un de ses anciens conseillers m’a déjà dit qu’il était efficace dans la gestion des dossiers, mais cela, pour un député, ne suffit pas. Flavie Trudel, de Québec solidaire, apparaît quant à elle comme une militante aux convictions de gauche assurées, mais la faible popularité de sa formation politique la condamne à rester dans l’ombre.
Il faut savoir, de toutes façons, que ce critère de la personnalité, quoi qu’en dise François Charbonneau, est devenu bien secondaire dans les campagnes actuelles, centrées sur les chefs. En 2004, une étude de l’Assemblée nationale concluait même que 71% des citoyens ne connaissaient pas le nom de leur député! Force est donc de conclure que l’on vote d’abord pour un parti et non surtout pour le candidat local. Sur quelles bases, alors?
Pierre Foglia, dans La Presse du 11 novembre dernier, émettait l’idée que « toutes nos élections vont finir par devenir culturelles ». Il expliquait que, même si les principaux partis acceptent le principe d’une économie de marché plus ou moins régulée par l’État, ils s’opposent « sur tout le reste, sur l’art de vivre, sur la saveur des choses, bref, sur la culture ». En d’autres termes, nous choisirions, en votant, une vision du monde.
Choisira-t-on celle de l’ADQ, très conservatrice, qui propose des solutions simplistes à des problèmes complexes, qui chante les vertus de la santé à deux vitesses et qui voit l’État, pourtant essentiel au développement de notre petite nation, comme une nuisance? On pourrait, au contraire, être tenté par la vision sociale plus généreuse de Québec solidaire, mais ce jeune parti, pour l’heure, reste en panne de crédibilité.
L’affaire se jouera donc entre les deux grands partis. Entre la mentalité strictement gestionnaire, très provinciale, des libéraux, si fédéralistes qu’ils n’ont plus aucun rapport de force avec Ottawa, et la vision plus interventionniste, plus volontaire, des péquistes, attachés à un modèle social-démocrate qui nous a plutôt bien servis depuis 40 ans et convaincus que le Québec n’est pas qu’une des dix provinces canadiennes.
Ma vision du monde me rend sensible au discours de Québec solidaire, mais, pour des raisons d’efficacité, elle me fera voter pour le Parti québécois. Et la vôtre? Ce n’est qu’en passant par l’isoloir que vous lui donnerez du poids. Le reste, lundi prochain, comptera pour du vent.
Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca
Pierre Grandchamp
Commentaire mis en ligne le 7 décembre 2008Mme Richard écrit:"Être efficace, c’est réaliser que le projet souverainiste et social-démocrate ne tient pas la route avec un autre parti que Québec Solidaire".
Mon dernier commentaire:
Il est là le cul-de-sac de QS.Les 194 nations présentes à l'ONU ne sont pas devenues souveraines parce qu'elles étaient d'abord de gauche. Voyons donc!
De plus, les pays souverains élisent des Gouvernements de diverses tendances au cours des ans.Ce n'est pas coulé dans le béton..
Les USA sont de droite actuellement et souverains.
Quand à l'éden des Gouvernements de gauche:l'Ontario a eu un Gouvernement NDP, dans les années 90:ce fut un désastre monumental!
D'autre part, des pays nordiques ont/ont eu des Gouvernementde gauche qui ont fait leurs preuves.
"Être efficace", c'est d'abord se rallier tous ensemble pour faire élire UN parti souverainiste.Par après, nous diviser selon nos tendances.
Ici, dans Joliette, voter QS c'est voter PLQ,à mon humble avis.
En tout respect!