Cégep de Joliette
Un cégep en perte d’autonomie
Le cégep de Joliette, qui n’est déjà que semi-autonome, risque de perdre ce qu’il lui reste de marge de manœuvre locale si une loi proposée par le gouvernement Charest, et suspendue pour cause d’élections, devait être votée.
Réplique du gouvernement libéral au fiasco immobilier de l’UQAM, le projet de loi 110 vise à modifier la « gouvernance » des cégeps (une autre loi s’applique aux universités) en imposant une forte présence d’administrateurs extérieurs à leur conseil d’administration. De plus, et c’est ce qui nous intéresse ici, ce projet de loi abolit le concept de cégep régional, une structure propre à la région de Lanaudière. Concrètement, cela signifie que le cégep de Joliette perdrait toute autonomie locale.
Dans une lettre ouverte publiée la semaine dernière sur laction.com, Gilbert Boulet, animateur socioculturel au cégep de Joliette et Lanaudois engagé, s’en inquiète. « Il y a dix ans, écrit-il, Joliette devenait la première capitale régionale à perdre son cégep. […] Avec la nouvelle loi, l’institution de la rue Saint-Charles ne serait plus qu’un simple pavillon (sans Conseil d’établissement) dont la pédagogie, la vie étudiante et les relations avec la communauté seraient dictées d’ailleurs dans tous leurs aspects. »
Il y a quarante ans, en effet, Joliette héritait d’un cégep pleinement autonome. Dans les années 1990, pour justifier le passage du privé au public de la section collégiale du collège de L’Assomption et l’octroi d’un nouveau cégep à Terrebonne, le gouvernement du Parti québécois inventait le concept de cégep régional. Désormais, l’institution de Joliette ne serait plus qu’une « constituante » de cette nouvelle structure unique au Québec. Elle conservait son autonomie en matière de pédagogie, de vie étudiante et de relations avec la communauté, mais elle perdait la gestion de ses ressources matérielles au profit du siège social du Cégep régional de Lanaudière, situé à Repentigny.
Avec le temps, les artisans du cégep de Joliette, d’abord opposés à cette transformation, ont fini par s’habituer à cette structure bâtarde. Gilbert Boulet fait toutefois remarquer que cela ne va pas sans conséquences négatives. Ainsi, selon lui, le fait que la gestion des ressources matérielles relève du siège social « a permis de remettre la gestion du stationnement à une firme ontarienne, causant ainsi de nombreux embarras à la clientèle du Centre culturel » et a aussi permis « de confier la gérance des équipements sportifs à une entreprise extérieure », ce qui a ébranlé l’entente avec la Ville de Joliette qui existait depuis des décennies.
Imaginez alors, ajoute Boulet, les conséquences négatives qu’aurait la nouvelle loi, en remettant entre des mains extérieures la gestion de tous les domaines de l’institution joliettaine! La communauté locale en serait dépossédée et les employés, quant à eux, seraient soumis à une gestion étrangère à la culture institutionnelle locale et pourraient être obligés, éventuellement, de faire la navette entre les trois « pavillons » de la nouvelle structure. Les gens du nord de Lanaudière, c’est clair, ne pourraient plus dire « notre » cégep.
Pour éviter cette dépossession, les leaders et citoyens de la région doivent donc se mobiliser. Questionnés à ce sujet, les candidats de trois principaux partis politiques du Québec dans Joliette se sont dits opposés aux éléments de la Loi 110 qui concernent le Cégep régional de Lanaudière. L’adéquiste Pascal Beaupré dit défendre le statu quo, voire envisager l’hypothèse de trois cégeps autonomes. La péquiste Véronique Hivon défend clairement le statu quo, c’est-à-dire le cégep régional tel que conçu par le PQ dans les années 1990. Personnellement opposé à une modification du statut du cégep, le libéral Christian Trudel, obligé de manœuvrer délicatement dans ce dossier puisque la Loi 110 émane de son parti, affirme en avoir fait part à la ministre Courchesne, qui aurait été « sensible » à ses préoccupations.
Tant mieux, mais allons plus loin : toute perte supplémentaire d’autonomie pour le Cégep régional de Lanaudière à Joliette serait inacceptable. Québec doit le savoir.
Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca
Jocelyn Jalette
Commentaire mis en ligne le 27 novembre 2008Bien d'accord avec monsieur Cornellier, et je suis même partisan du retour à l'autonomie des 3 cégeps, accompagné d'une concertation pour les sujets d'intérêts communs. Le cégep régional est une créature bâtarde qui pousse l'absurdité à situer son siège social à... REPENTIGNY !!! Pour quoi? Pour être certain que l'administration ne rencontre jamais d'étudiants et soit bien déconnectée de la réalité scolaire! L'Assomption, par sa situation centrale géographiquement aurait au moins été un choix plus logique, bien que Joliette soit supposément la capitale régionale.