Un mal de tête en janvier
De ce temps-ci, j'ai l'impression d'être passager du Titanic. La vigie a beau crier que le bateau va heurter un iceberg, le bruit de l'orchestre fait qu'on ignore l'avertissement et nous continuons à fêter.
Chaque soir, Bernard Derome nous annonce de mauvaises nouvelles sur le front de l'économie. Des millions d'Américains perdent leur maison, des banques sont en faillite, les trois grands de l'automobile sont en chute libre et les Bourses reculent constamment. Pourtant, si on observe autour de nous, on semble encore en pleine période de prospérité. Nos journaux annoncent semaine après semaine de nouveaux investissements : ajout de supermarchés, projet de centres commerciaux, nouveaux concessionnaires automobiles, construction d'édifices à bureaux, multiplication des chantiers de construction domiciliaire, etc.
Le mouvement Desjardins publiait pas plus tard qu'en septembre dernier, une étude portant spécifiquement sur la région de Lanaudière. Les économistes de Desjardins affichaient eux aussi un optimisme qui contraste avec l'atmosphère générale véhiculée par les médias. Le document laisse présager un léger ralentissement de la construction résidentielle, mais les prévisions pour 2009 font état d'une croissance de l'emploi de 2,3 % et d'une diminution du taux de chômage autour de 7,9 %. Dans le secteur des services notamment, on fait état de la création de 4600 postes dans les six premiers mois de 2008 en ajoutant que plusieurs éléments laissent entrevoir que ce climat de confiance restera présent en 2009.
Autre signe que tout va bien, le Conseil québécois du commerce de détail vient de faire connaître au public, les résultats d'un sondage sur les intentions de consommation à l'approche de la période des Fêtes. Une majorité de Québécois affirme que le climat économique actuel n'influencera pas les intentions d'achats.
C'est vrai que si on regarde autour de nous, on ne voit guère de signes d'une récession, ni même d'un ralentissement de l'économie. Pourtant, certains signes devraient commencer à nous inquiéter. Ce n'est pas pour rien que les gouvernements fédéral et provincial se sont précipités pour déclencher des élections. Nos gouvernants savent très bien que les nuages s'accumulent et qu'il finira bien par pleuvoir. Vaut mieux se faire réélire maintenant avant que les mauvaises nouvelles traversent la frontière et rejoignent les électeurs.
On peut bien s'en faire accroire, mais tôt ou tard, on finira bien par frapper un iceberg. Il est impossible que nous ne soyons pas affectés prochainement alors que 85 % de nos exportations sont dirigées vers les États-Unis. De plus, la débandade boursière affecte déjà les caisses de retraite, ce qui inévitablement viendra gruger dans les liquidités des entreprises. D'ailleurs, l'impact des mauvais rendements des caisses de retraite affectera également les municipalités qui, à moins de mesures spéciales du gouvernement, finiront par avoir un impact sur les comptes de taxes. Ajoutez à ce portrait le resserrement du crédit et vous avez tous les ingrédients pour ralentir, sinon reculer l'économie.
Profitons du moment présent, car il est fort possible qu'en janvier le remboursement des cartes de crédit soit douloureux. Si vous cherchez à investir dans une entreprise, je vous suggère humblement Tylenol.
André Nadeau