Quelques mythes au sujet des élections
La décision de Jean Charest de déclencher des élections cet automne choque, semble-t-il, une majorité de Québécois. Je ne partage pas cette colère et ce ras-le-bol. Les raisons invoquées pour décrier le lancement d’une campagne électorale ne me semblent pas valables.
La politique est un sport de combat. Il est donc normal que les formations qui acceptent de descendre dans l’arène cherchent la victoire. Dans un contexte de gouvernement minoritaire, il faut donc s’attendre à plus de manœuvres, de part et d’autre, que dans une situation de gouvernement majoritaire. C’est l’opportunisme, certes, qui motive la décision de Jean Charest. Il croit qu’il peut obtenir une majorité, alors il y va. L’ADQ et le PQ ont beau crier à l’irresponsabilité, on peut être convaincu qu’ils souhaiteraient eux aussi des élections s’ils croyaient fortement à leurs chances de victoire. Tous les partis, dans ce dossier, défendent leurs intérêts. On peut, bien sûr, s’en désoler, mais ce serait nier la nature même de la joute politique.
L’argument des coûts (environ 80 millions) ne tient pas la route non plus. L’argent dépensé pendant une campagne électorale est directement injecté dans l’économie nationale. Des retraités et des étudiants engagés comme scrutateurs en bénéficient, de même que les médias, des compagnies de transport, des entreprises de graphisme (pour les fameuses pancartes), des propriétaires de locaux à louer et des restaurateurs partout au Québec. Les dépenses électorales, contrairement à ce que plusieurs affirment, font rouler l’économie. En période de ralentissement économique, c’est une bonne nouvelle.
L’idée, d’ailleurs, que la crise économique appréhendée justifierait de reporter les élections est difficile à défendre. On peut soupçonner, en effet, que tous les partis se serviront de la situation pour marquer des points. Au lendemain d’une élection, ce jeu partisan sera plus difficile à justifier. D’ailleurs, dans ce dossier complexe, ce n’est pas un mois de plus ou de moins qui fera la différence, surtout que la marge de manœuvre d’un gouvernement provincial reste limitée à cet égard.
Sous prétexte que les récentes élections fédérales ont donné un résultat semblable aux précédentes, certains affirment, toujours pour contester le déclenchement des élections, que la campagne québécoise sera elle aussi inutile. Attention! L’importante chute de popularité de l’ADQ, si elle se maintient, pourrait causer des surprises. Dans Lanaudière, par exemple, combien de députés adéquistes parviendront-ils à conserver leur siège?
Enfin, un des arguments les plus souvent entendus pour s’opposer à une autre élection veut que les Québécois soient épuisés par la joute politique. Cet argument, à mon avis, est le plus faible de tous. Quel effort, en effet, une campagne électorale exige-t-elle des citoyens? À l’exception des militants les plus engagés qui participeront très activement à l’exercice, les citoyens-électeurs n’ont que les devoirs de s’informer et de réfléchir –ce qu’ils devraient d’ailleurs faire en tout temps- et d’aller voter. Au Québec, de plus, contrairement aux États-Unis où les files d’attente s’étiraient le 4 novembre dernier, le vote se déroule toujours rondement et ne prend que quelques minutes. Seuls ceux que la démocratie fatigue trouveront qu’il s’agit là d’un effort considérable. Les décrocheurs de la politique, les abstentionnistes et ceux qui prétendent que la politique ne sert à rien sont la plupart du temps les Québécois les moins informés. Moins on connaît ça, en d’autres termes, plus on trouve ça inutile.
Il y aura donc des élections québécoises le 8 décembre prochain. Peut-on souhaiter que le débat se fasse sur l’essentiel –par exemple le financement et la qualité des services publics, l’avenir politique du Québec, la place du français et l’économie, mais pas seulement elle- plutôt que sur des niaiseries? C’est parti? Alors, allons-y gaiement!
Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca
Pierre Grandchamp
Commentaire mis en ligne le 14 novembre 2008Il m'apparaît évident qu'il y a un manque d'intérêt. Après les fédérales, il y eut les passionnantes élections aux USA.Trois élections en ligne,et cette dernière à la proximité de Noël!
Depuis le déclenchement de ces dernières, deux choses me frappent:
1-"Le charriage" de Dumont sur l'éducation.Je trouve que, parfois, son discours a une allure démagogique, est sans nuance et empreint de sophismes.
2-D'autre part, le double langage de Québec Solidaire me frappe.Comment un parti peut-être prôner la souveraineté mais à la condition que ça se fasse "à gauche tous"? Un pays doit d'abord naître avant de se situer à gauche ou à droite...ou ailleurs! Les 193 nations à l'ONU ont commencé par devenir souveraines, D'ABORD! Pas à gauche ou à droite! Et puis, de toutes façons, les orientations sociales changent ou évoluent avec le temps.Ce qui ne change pas:LA SOUVERAINETÉ! A-t-on vu des pays renoncer à leur souveraineté pour revenir à l'étape ultérieure?
Pierre GRandchamp