Le groupe des participants au voyage - gracieuseté
Découvrir l’Estrie et sa campagne bovine: un périple vachement intéressant!
L’été 2008 n’a pas été de tout repos et a causé son lot de stress et de frustration, vous en savez tous quelque chose! Après trois semaines de travail acharné à mettre les bouchées doubles pour récolter les fourrages et effectuer les travaux en attente à cause de « la pluie qui n’en finissait plus de pleuvoir », 50 producteurs de bœuf lanaudois décrochaient de leur entreprise pendant 48 heures, le temps d’une escapade en Estrie les 6 et 7 septembre dernier.
Tournée d’un parc d’engraissement
Entreprise Denis Lacoste inc., Ange-Gardien
Ce parc d’engraissement de 3 000 têtes s’approvisionne en totalité dans l’Ouest où ils achètent leurs veaux mâles à croisement Angus à un poids variant de 750 à 850 livres. Si la race Angus est privilégiée, c’est que sa viande classerait AAA plus fréquemment, ce qui correspond aux exigences de leur clientèle américaine. La régie est particulièrement pointilleuse : tous les jours, chaque animal est observé afin de détecter les malaises de façon précoce. Il faut dire que la ration est agressive, elle est composée à 80 % d’équivalent maïs. Les actionnaires testent des données de recherche directement sur leur entreprise; par exemple, ils vérifieront si les Angus noirs arriveront au poids d’abattage 20 jours plus tôt que les Angus rouges.
Quatre entreprises vache-veau et semi-finition
Les quatre entreprises vache-veau visitées utilisent la technique de pâturage en bandes pour prioriser le gain au pâturage qui est plus économique que par les fourrages. Il est vrai que les terres montagneuses et rocailleuses de l’Estrie se prêtent très bien à la pâture. À la Ferme La Villandroise de Cookshire, nous avons été accueillis par M. Paul Villeneuve, conférencier fort apprécié lors de la Journée Bovine présentée en février dernier à L’Ambroisienne et par son épouse Mme Andrée Dugal. Ce couple de professeurs possède 70 vaches qui vêlent très majoritairement en mai et passeront l’été à pâturer les 25 parcelles, passant de l’une à l’autre tous les trois jours. Les veaux seront sevrés à 5 mois au début octobre à un poids moyen de 460 à 520 livres, et seront semi-finis jusqu’à 800 livres. Pour soutenir ce rendement, les 160 acres en pâturages et prairies sont chaulés et reçoivent une dose d’azote en juin pour augmenter leur rendement. Les prairies sont réensemencées tous les six ans pour optimiser la productivité et la valeur du fourrage. La devise de M. Villeneuve va comme suit : « Je suis cheap et paresseux, c’est pourquoi je valorise les pâturages pour faire du gain économique et j’adhère aux achats de groupe et aux travaux à forfait pour minimiser l’endettement et avoir du temps pour faire du camping en famille! »
À la Ferme Lucie et Jacques Côté de Martinville, ce n’est pas le troupeau de 80 vaches F-1 Angus avec Simmental, Hereford et Gelbvieh qui a retenu l’attention du groupe, ni leurs taureaux Parthenais et Limousin. Ce n’est pas non plus leur moyenne de gain de 3 livres par jour sur leurs veaux en semi-finition. C’est plutôt la filière par laquelle ils vendent leurs veaux semi-finis à un prix de 10 à 12 cents de plus la livre que le prix à l’encan. En effet, ils renouvellent chaque année leur contrat avec Viande Sélectionnée des Cantons (VSC) qui achète leurs veaux âgés de moins d’un an et pesant entre 750 et 825 livres. Cette année, le contrat de vente a fixé le prix du veau mâle à 1,26$/livre et du veau femelle à 1,13$/livre. Présentement, VSC s’approvisionne dans 66 fermes des quatre coins du Québec, dont deux de la région de Lanaudière, qui doivent toutes répondre à plusieurs conditions de régie et de performance. L’avenue est intéressante, toutefois ces éleveurs doivent respecter un cahier de charge.
Suite à cette visite, d’autres éleveurs lanaudois étudient la possibilité d’adhérer eux aussi à VSC dans un futur prochain, tout comme Jason Morse, copropriétaire de Sonmar Simmentals Farm de Compton. La base de son troupeau est Simmental-Angus, et 15 des 95 vaches Sonmar sont Simmental pur sang. Les vêlages sont répartis entre janvier et mars et les veaux sont vendus en automne à un poids de 600 à 700 livres sous la mère. Les pluies très abondantes qu’ils ont subies semblent avoir eu des répercussions négatives sur le poids des veaux au pâturage; ils estiment que ceux-ci pèsent de 30 à 40 livres de moins qu’à pareille date l’an dernier.
Magog est une ville très touristique; Jean-François Gagné et Mélodie Veilleux ont su tirer avantage de cet atout en vendant leurs veaux au détail directement à la ferme qui est située tout juste à la sortie du village. Ces deux jeunes entrepreneurs de moins de 30 ans étalent leur vêlage en hiver afin de faire abattre en automne, lorsque la demande pour les quartiers de viande est la plus forte. Quelques veaux sont abattus à 800 livres pour répondre à un marché de « babybeef », une viande rosée plus tendre et au goût moins prononcé que les veaux de 1 300 livres.
De ce voyage, on retiendra entre autres que les éleveurs bovins de l’Estrie priorisent le pâturage intensif, que leur réseau de forfaitaires est très bien organisé et qu’ils achètent souvent de la machinerie en groupe.