Le beau boulevard d’Antonio
Rarement a-t-on observé une telle effervescence alentour d’un dossier municipal qui, en principe, aurait dû satisfaire tout le monde. La réfection puis la contre-réfection du boulevard Barrette à Notre-Dame-des-Prairies démontre une fois de plus que l’actualité locale soulève souvent plus de passion que les grands enjeux internationaux. En fait, on est plus enragés à propos d’un beau boulevard néanmoins tout croche et encombré de ciment qu’à propos des changements climatiques qui vont perturber notre vie de tous les jours! Une chose est certaine, la démocratie en la cité des Prairies est bien vivante si on se fie aux centaines de citoyens qui ont pris d’assaut leur hôtel de ville comme s’ils étaient victimes d’un gigantesque scandale. Ici, faut-il le mentionner, le pouvoir de décider n’était pas assez loin pour priver le citoyen de protester vigoureusement.
Le nom d’Antonio Barrette n’a jamais été si souvent cité pour un ouvrage public qui a soulevé l’ire, la gêne et la honte des citoyens des Prairies et des alentours. Les ingénieurs ou les urbanistes qui pensaient améliorer le sort des usagers, des résidants et des commerçants locaux avec leurs savantes solutions au nom de la seule sécurité n’ont réussi qu’à démontrer leur irréalisme. Le gros bon sens du simple citoyen allait « bien tôt » s’exprimer sur la voie publique, aussi belle et normative soit-elle. Îlots et baies de virage en ciment avec une signalisation révélatrice de l’incongruité de ces nouveaux ouvrages ont choqué toute une population…en plus de payer la facture en double.
Dans toute cette histoire municipale, on ne pourra cependant rien reprocher au conseil municipal qui a pensé bien faire en redessinant et enjolivant une artère névralgique en face de sa propre maison. De toute évidence, ce même conseil municipal a sous-estimé la rancoeur publique vis-à-vis un béton trop présent et encombrant, véritable nuisance pour tous les usagers. Heureusement, maire et conseillers-conseillères n’ont pas eu le choix de bien écouter et d’adopter la voie du compromis en minorant l’emploi du béton.
On se demande enfin pourquoi tant de zèle à expérimenter pareille réfection. Comme on dit, on en demandait pas tant.
Note : est-il normal que les citoyens jettent leurs feuilles mortes à la rue au lieu de les mettre en sac?
Jean-Pierre Malo