Les conservateurs, Joliette et la culture
L’attitude de Stephen Harper et de certains candidats conservateurs dans le dossier des compressions budgétaires en culture est inacceptable. Elle n’a rien à voir, au fond, avec des considérations économiques (45 millions, c’est une goutte d’eau dans l’océan du budget fédéral). Elle relève plutôt d’un populisme mesquin dont le but est de se faire du capital politique sur le dos d’artistes qui œuvrent en marge de la logique strictement commerciale.
En faisant passer ces derniers pour des parasites qui ne sont pas à plaindre, les principaux porte-parole conservateurs tentent de créer dans la population le sentiment que les artistes qui ont besoin de subventions sont, au fond, inutiles. Susciter ainsi la grogne du grand public envers les artistes est une attitude indigne de politiciens responsables.
Et s’il y a une région au Canada où cette attitude devrait être particulièrement mal accueillie, c’est bien dans la grande région de Joliette. De passage par chez nous dans le contexte des élections fédérales, Marco Fortier, chroniqueur vedette au Journal de Montréal, n’a pas manqué de le souligner. « Eh oui, a-t-il écrit dans l’édition du 26 septembre dernier, on est ici au pays de la musique classique et traditionnelle, au pays de La Bottine souriante, des Charbonniers de l’Enfer, de Jean-Pierre Ferland. Au pays de Réjean Ducharme aussi. S’il existe… Au pays, surtout, de centaines d’artisans, de peintres, de musiciens anonymes. » Tous des artistes ou des domaines qui, faut-il le rappeler, ont un jour ou l’autre bénéficié de subventions.
Anciennement reconnue comme Ville de l’Industrie, Joliette, depuis une trentaine d’années, s’est surtout imposée comme une ville de culture, et ce, grâce au talent et au travail de ses artistes et promoteurs, bien sûr, mais aussi grâce à des subventions qui, en bout de ligne, ont profité à toute la collectivité, tant sur le plan symbolique que d’un point de vue économique.
Dans L’Action du 28 septembre, Andréanne Beaulieu faisait la liste, impressionnante, des musiciens de la région qui seront en nomination lors du Gala de l’ADISQ le 2 novembre prochain. Il s’agit, notamment, des Charbonniers de l’Enfer, d’Yves Lambert et son Bébert Orchestra, du Vent du Nord (à moitié lanaudois et internationalement salué), d’Angèle Dubeau, de la chanteuse Johanne Cantara et du saxophoniste Yannick Rieu (qui arrive d’une tournée au Japon). Ces artistes, qui ont pour la plupart, sinon tous, bénéficié de subventions, font la fierté de la région et du Québec, bercent notre existence et nous rendent la vie meilleure.
Même dans une perspective strictement économique, on ne saurait les accuser de profiter des fonds publics pour s’enrichir sans rien rapporter à la collectivité. Ces artistes, en donnant des spectacles, ont rempli des salles, des restaurants, des cafés et ont contribué à créer des centaines sinon des milliers d’emplois directs et indirects. Ce n’est pas pour ça qu’ils créent, bien sûr, mais ils créent aussi cela, avec l’aide de diffuseurs comme le Centre culturel de Joliette, lui aussi en nomination à l’ADISQ.
Dans son reportage, Marco Fortier souligne aussi la richesse du Musée d’art de Joliette « qui en met plein la vue » et qui « n’a rien à envier à ses semblables de villes européennes de même taille », mais dont le rayonnement, selon sa directrice Gaëtane Verna, est menacé par les coupes budgétaires. Il mentionne, de même, la renommée internationale de l’artiste visuel Jérôme Fortin, un petit gars de la rue Richard, à Joliette, qui a pu se rendre au Japon grâce au programme aboli par le gouvernement Harper. Ghislaine Bourcier, présidente du Conseil de la culture de Lanaudière, a bien résumé l’enjeu : « Ridiculiser des gens qui gagnent en moyenne 23 000$ par année, ça ne se fait pas quand on est premier ministre. […] Est-ce que notre diplomatie se fera désormais seulement par la guerre? »
S’il y avait des Lanaudois qui pensaient que ce dossier des compressions en culture ne les concernait pas, les considérations qui précèdent devraient les convaincre du contraire, à l’heure de mettre le X dans l’isoloir.
Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca
Pierre Grandchamp
Commentaire mis en ligne le 13 octobre 2008Mme Sylvie Tremblay écrit:
Il est facile de constater ce fait, est-ce qu’en votant massivement pour le Bloc et même si le Bloc obtenait tous les comtés du Québec, soit 75 sièges sur 308 on aurait du pouvoir ?
Mon commentaire:
1-En 1982, il y avait 74 députés fédéraux québécois + un Premier Ministre Québécois + des ministres Québécois.Ç'a donné l'infâme et illégitime constitution de 1982...qu'aucun parti politique québécois ne reconnaît.
2-En 1984 et 1988, nous avons élu Mulroney + des tas de députés conservateurs + des tas de ministres qui ont promis "le retour du Québec dans le giron constitutionnel dans l'honneur et l'enthousiasme". Ils ont échoué royalement:Meech 1 et Meech 2...pis Charlottetown.
3-En 1988, il y avait unanimité au Québec en faveur du libre échange.Cependant le NPD était contre.
4-Le dernier gouvernement NDP en Ontario fut un échec retentissant.
5-Au plan économique, le NPD n'est pas trop, trop fort.
En tout respect!
Pierre Grandchamp