La prison pour les jeunes ?
Le bâton ou la carotte ?
Le gouvernement Harper s'il est réélu, compte durcir considérablement la loi sur les jeunes contrevenants. Les jeunes qui commettent des crimes graves seraient automatiquement jugés comme des adultes. Si la mesure semble plaire dans l'ouest du pays, il en va tout autrement au Québec, où tous les partis politiques tant au provincial qu'au fédéral s'y opposent.
Campagne électorale oblige, certains sombrent même dans la démagogie oubliant sciemment que ces dispositions, si elles étaient adoptées, ne s'adresseraient qu'aux jeunes de 16 ans et plus au Québec et seulement pour les crimes graves. C'est d'ailleurs ce qui fait dire au chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, qu'on mettra en prison des enfants de 14 ans.
Même si la classe politique affiche une belle unanimité, je crois que dans les chaumières, beaucoup de Québécois verront plutôt d'un bon œil la proposition des conservateurs. On parle ici des jeunes qui commettent un meurtre, un homicide involontaire ou encore une agression sexuelle. Ces crimes pourraient alors valoir une peine pouvant aller jusqu'à la prison à vie dans les cas de meurtre ou une peine maximale de 14 ans pour les autres crimes violents. Actuellement, un jeune coupable d'un meurtre ne peut écoper que de six ans de prison et quatre ans de probation.
Pour les familles des victimes, c'est trop peu et ce sera probablement toujours trop peu. Pour beaucoup d'autres qui lisent chaque matin dans un quotidien, la narration de crimes tout aussi crapuleux les uns que les autres, il peut être rassurant de voir l'adoption d'une loi qui a des dents. L'opinion publique nourrie par la forte médiatisation de certains crimes pourrait facilement approuver l'approche conservatrice basée essentiellement sur la répression. On ne dirait pas, à lire certains médias, qu'on vit probablement dans l'endroit le moins violent du globe.
Durcir les peines pour certains crimes peut certainement avoir un effet dissuasif, mais je doute que ce soit le cas pour les meurtres ou les agressions sexuelles. Il serait étonnant qu'on puisse me dénicher un seul cas d'un jeune meurtrier qui ait soupesé la peine qu'il encourait avant de passer à l'acte. La plupart du temps, ces crimes sont perpétrés sous l'impulsion du moment et bien souvent sous l'influence de substances qui affectent le jugement.
Ce pourrait être différent pour les crimes mineurs comme le trafic de drogue. J'ai déjà discuté avec un jeune trafiquant et il me disait justement qu'il maintenait son commerce de stupéfiant parce que les risques étaient faibles. « Au pire, j'irai faire un tour au Pavillon Jeunesse » disait-il. Dans un cas comme celui-là, un durcissement des sentences pourrait effectivement avoir un effet dissuasif parce que le commerçant « en herbe » jauge le rapport coût-bénéfice.
Un resserrement, dans ce cas-là, pourrait également diminuer la marge de manœuvre du crime organisé et des gangs de rue qui se servent justement des jeunes pour commettre des crimes, puisque les conséquences sont moins graves que pour un adulte.
Si c'est l'effet dissuasif qu'on recherche, le projet des conservateurs ne s'attaque vraisemblablement pas aux bonnes cibles. On veut bien accroître la protection du public, mais la recette conservatrice ne m'apparaît pas la meilleure. Le public se sentirait bien plus protégé si on retrouvait des policiers sur la rue dans les quartiers chauds, si on investissait davantage dans la prévention et rendait plus accessible financièrement, la pratique des sports. La principale cause de criminalité ne réside-t-elle pas dans la pauvreté ?
Pour ma part, dans les cas de crimes majeurs, je serais porté à soutenir l'approche de réhabilitation privilégiée par le Québec auprès des jeunes contrevenants. Je n'ai pas l'intention de me prétendre un spécialiste de ces questions, mais il faut bien reconnaître que la méthode québécoise donne des résultats. Alors que la criminalité juvénile est en hausse au Canada, c'est l'inverse qui se produit au Québec. En 2006, par exemple, la criminalité chez les jeunes a diminué de 4 % au Québec. D'ailleurs, le taux de criminalité au Québec est en baisse constante depuis huit ans. Faut croire, que l'approche de réhabilitation n'est pas si mauvaise, que ça!
André Nadeau