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Charité bien ordonnée…

André Nadeau par André Nadeau
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Article mis en ligne le 21 septembre 2008 à 8:00
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Charité bien ordonnée…
Le gala des prix Gémeaux, dimanche dernier a donné lieu à un réquisitoire en règle contre le gouvernement de Stephen Harper. Les artistes s'en sont donné à cœur joie, même madame Bertrand avait son petit message électoral à passer. Pas moins de huit intervenants se sont présentés au micro pour éclabousser le gouvernement conservateur, coupable d'avoir sabré dans certains programmes de subvention. Un peu plus, et les partis d'opposition devraient compter le coût du gala dans leurs dépenses électorales.

J'étais mal à l'aise de voir des vedettes roulant un gros train de vie, taper sur le même clou pendant toute une soirée devant 1,4 million de spectateurs. Il me semble que l'intervention de Vincent Gratton aurait pu suffire. On avait déjà compris le message.

Ces gens-là bénéficient d'une tribune privilégiée et font en sorte que leurs priorités passent bien avant les préoccupations des gens ordinaires. Dimanche soir, ce ne sont pas des vedettes vivant sous le seuil de pauvreté qu'on a entendues, car plusieurs d'entre eux sont des millionnaires. Les vrais perdants, s'il y en a, ce sont les artistes qui évoluent dans des disciplines moins populaires, tels la danse, le théâtre expérimental, etc.

On a vécu sensiblement le même phénomène lors de la fermeture de la salle de rédaction de TQS. Les confrères des médias ont produit une avalanche de textes sur la question donnant la parole à qui voulait bien s'exprimer. Là encore, le mauvais sort frappait des gens directement connectés sur les médias, des collègues et des amis. Imaginez le drame, il se perdait 170 emplois dans les communications! Pendant ce temps, la crise forestière entraînait des pertes d'emplois par milliers, donnant lieu à quelques entrefilets dans les journaux. La mise à pied de nombreux travailleurs de l'industrie manufacturière était éclipsée par la fermeture de la rédaction de TQS. Ceux qui fabriquent le papier ne font pas le poids à côté de ceux qui le noircissent.

C'est la même chose avec les montées de lait des artistes. Ils ont réussi à faire des coupures dans le milieu culturel, un enjeu électoral. Pourtant, en même temps que les conservateurs remettaient en question des programmes culturels évalués à 46 M$, ils réévaluaient également la pertinence de divers programmes destinés au développement régional. C'est bien aussi important que la culture, mais de là à faire la manchette, il faudrait un porte-parole vedette. En plus, ça concerne les régions, une matière de deuxième ordre pour les médias nationaux.

Je ne prétends pas que le gouvernement conservateur avait raison de couper dans les programmes destinés à la culture. Je trouve d'ailleurs que Stephen Harper et sa ministre Josée Verner ont défendu plutôt mollement cette décision. Ils se sont limités à dire que le budget consacré à la culture avait augmenté de 6 % depuis l'avènement d'un gouvernement conservateur.

Il serait toutefois étonnant que ces manifestations en faveur de la culture aient un effet quelconque sur l'électorat. Avec la hausse du prix de l'essence et l'incertitude économique, les citoyens qui ont peine à rejoindre les deux bouts ont bien d'autres préoccupations. D'autant plus que certaines subventions accordées par les gouvernements provincial et fédéral laissent parfois perplexes. On a déjà vu, il y a quelques années, la publication subventionnée d'un recueil contenant des photos des principales toilettes publiques de Joliette. Plus récemment, un artiste a exposé des œuvres reproduisant des logos d'entreprises avec du « poil de cul». Dans ces deux cas, ma condition de contribuable avait été davantage atteinte que ma sensibilité artistique.

À côté de ces exemples, on peut aussi souligner que c'est grâce à des programmes d'aide au développement culturel que Robert Lepage a pu se faire connaître à l'étranger et faire rayonner la culture québécoise. Même le Cirque du Soleil, qui fait la fierté de tous les Québécois, n'aurait pu se développer autant s'il n'avait pas reçu un coup de pouce de nos gouvernements.

André Nadeau

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