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De la listériose à l'hystérie

Article mis en ligne le 13 septembre 2008 à 13:19
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De la listériose à l'hystérie
L'opération du MAPAQ risque de miner la confiance des consommateurs
De la listériose à l'hystérie
Au rythme où vont les choses, la listériose et la salmonellose vont probablement faire plus de victimes dans nos entreprises agroalimentaires que dans la population. Le ministère de l'Agriculture, des pêcheries et de l'Alimentation n'y est pas allé avec le dos de la cuillère depuis qu'est apparue une éclosion de listeria dans deux fromageries du Québec.

Les inspecteurs du MAPAQ ont débarqué avec leurs gros sabots dans plus de 300 entreprises pour jeter à la poubelle des milliers de kilos de fromages en les arrosant d'eau de javel. Les images de cette opération sauvage ont lancé un message sans équivoque dans la population: le fromage est dangereux pour la santé. On dirait presque une tentative de tuer dans l'œuf cette industrie artisanale.

La listériose a aussi fait des victimes partout au Canada à la suite d'une éclosion dans une usine de Maple Leaf à Toronto. Pourtant, les inspecteurs n'ont pas exercé le même zèle vis-à-vis de la multinationale puisqu'on trouvait encore des produits de l'usine identifiée des semaines plus tard dans plusieurs dépanneurs de la province. La multinationale doit soupirer d'aise de voir l'attention de la population ainsi détournée vers les fromageries québécoises. Avez-vous noté que depuis le saccage auquel se sont livrés les fonctionnaires du MAPAQ, on n'entend plus parler des produits Maple Leaf, Schneider, Hygrade et Coorsh provenant tous de l'usine de Toronto ?

Il s'agissait de sauver des vies, me direz-vous ? Bien sûr, il ne s'agit pas ici de reprocher aux inspecteurs d'agir pour protéger la santé des Québécois, mais la protection de la santé publique n'imposait pas un déploiement aussi spectaculaire et les mesures extrêmes qui ont été appliquées.

Le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation est en bonne partie responsable de la présente crise. Les règlements n'obligent pas les producteurs à réaliser des tests afin de découvrir des bactéries pathogènes. Certains artisans-fromagers font réaliser des analyses de leurs produits de leur propre initiative. Ce n'était apparemment pas le cas des deux fromageries impliquées dans des cas de listériose et salmonellose.

Ces tests et l'inspection devraient être obligatoires avant qu'on écoule la production dans le réseau de distribution. De telles mesures auraient évité la crise actuelle.

Depuis le cas de l'eau contaminée à Walkerton en Ontario, les gouvernements tirent et posent des questions ensuite. Pris devant cette éclosion, le MAPAQ a visiblement cédé à la panique. Sinon, comment expliquer qu'on ait jeté autant de fromages? On aurait pu se contenter de retirer les produits des points de vente, d'y apposer des scellés et de les faire analyser. Une fois les résultats connus, on aurait au moins pu récupérer et remettre en vente les fromages bons à la consommation.

Le ministère a communiqué aux médias une liste de 300 marchés faisant l'objet de rappel. Indice de panique et d'improvisation, on retrouve les noms de certaines entreprises deux fois. Certains marchés d'alimentation y figurent, mais leur succursale qui offre les mêmes produits est absente. Certains propriétaires de commerces de la région ont même eu la surprise d'apprendre par notre journaliste, qu'ils figuraient sur la liste. Ça sent l'improvisation à plein nez!

Ce qui contraste avec la rapidité avec laquelle on a détruit tant de fromages, c'est la lenteur que met le ministère à rendre publique la liste des entreprises dont les fromages sont hors de tous soupçons, ce qui permettrait de limiter les dommages.

Depuis quelques années, le Québec s'est doté d'une industrie fromagère qui, au fil du temps, a pu créer des produits qui rivalisent avec ce qui se fait de mieux dans le monde. Les Québécois ont adopté ces fromages, si bien que l'époque où le fromage se limitait au Velveeta et au Cheez Whiz est bien révolue. Avec la démonstration des derniers jours, la confiance des consommateurs en a pris un rude coup. Ce n'est certes pas le temps d'organiser une dégustation vins et fromages.

Il y a quatre ans, on craignait la vache folle, puis la grippe aviaire l'année suivante. Il y a deux ans, c'était le virus du Nil qui a cédé sa place en 2007, aux algues bleu-vert. À quand la prochaine grosse peur ?

André Nadeau

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