Gilles Duceppe ne peut se permettre une mauvaise campagne
Le Bloc résistera-t-il ?
Le deuxième sport national du Canada après le hockey, c'est définitivement les élections. Le 14 octobre, ce sera la cinquième fois en cinq ans que les citoyens du Québec seront appelés aux urnes, et ce, sans compter les élections scolaires et municipales. Il serait d'ailleurs dans l'ordre des choses que nous nous retrouvions à nouveau en élection au printemps prochain, cette fois sur la scène provinciale. Les électeurs doivent y trouver un certain plaisir, puisqu'ils s'évertuent à élire des gouvernements minoritaires.
Dans la région, les députés du Bloc québécois sont bien installés, si bien qu'il serait étonnant de voir un candidat d'une autre formation politique parvenir à renverser de fortes majorités acquises il y a à peine deux ans. Étonnant, mais pas impensable, si on se souvient de l'élection provinciale qui a conduit contre toute attente à l'élection de Pascal Beaupré de l'ADQ.
Pou un, le député de Montcalm, Roger Gaudet bénéficie d'une majorité telle (24 157 votes), qu'il résisterait certainement à une vague. Il faudrait rien de moins qu'un tsunami pour le déloger. Au dernier scrutin, il a obtenu près des deux tiers des votes, laissant des miettes à ses quatre adversaires. Dans Montcalm, tout le monde connaît Roger Gaudet et il connaît tout le monde. Très présent dans son comté, il est avant tout, un député de terrain qui, s'il n'a pas le panache des bonzes du Bloc, sait se montrer accessible et rend une foule de services à ses électeurs.
Dans Joliette, Pierre Paquette joue un rôle important au sein de son parti. Il est de fait le numéro deux du Bloc québécois à titre d'adjoint parlementaire de Gilles Duceppe. Cela lui donne l'occasion d'intervenir souvent aux Communes, ce qui ne l'empêche pas d'être fort présent dans son comté. Au dernier scrutin, il a obtenu plus de la moitié des votes avec une majorité de 14 000 voix sur son adversaire conservatrice, Sylvie Lavallée. C'est d'ailleurs elle qui l'affrontera lors du scrutin d'octobre.
Enfin, dans Berthier-Maskinongé, Guy André demeure le plus fragile des députés bloquistes avec une majorité de 9233 votes. Il faudrait tout de même un renversement de 4700 votes pour le déloger, ce qui n'est pas une mince commande pour l'adversaire conservateur.
Il reste toutefois des zones d'ombre qui pourraient causer des surprises ou, à tout le moins, altérer les majorités bloquistes. On sait, par les sondages, que les électeurs se prononcent de plus en plus souvent en fonction du chef du parti, plutôt que vis-à-vis des candidats locaux. À cet égard, la campagne électorale des chefs revêt de plus en plus d'importance. Or, selon les sondages, bloquistes et conservateurs sont au coude à coude au Québec et le dernier sondage marque une nette progression de la ferveur conservatrice dans le 450 dont font partie les circonscriptions de Lanaudière. Vivra-t-on la même surprise qu'à l'élection provinciale où l'ADQ a ravi la grande majorité des comtés ?
Dans ce contexte, les bloquistes de Joliette et Berthier-Maskinongé ne peuvent se payer le luxe de prendre à la légère leurs adversaires conservateurs. En deux ans, le contexte a radicalement changé. Les électeurs gardent généralement l'impression, à tort ou à raison, que les conservateurs ont respecté leurs engagements électoraux et se sont montrés nettement plus ouverts aux revendications du Québec. Même la crainte d'un « agenda secret » s'est passablement dissipée.
En outre, les bloquistes, élus d'abord et avant tout pour préparer les lendemains d'un référendum gagnant, ont été privés de leur raison d'être depuis que le Parti québécois a mis au rancart la question référendaire. Au cours de cette campagne, ils devront expliquer la pertinence de ce parti voué à l'opposition perpétuelle. Le Bloc peut faire œuvre utile dans un contexte de gouvernement minoritaire, mais si les sondages devaient nous indiquer une tendance vers un gouvernement majoritaire, la question de sa pertinence pourrait revenir hanter la fin de la campagne.
André Nadeau
Louis-David Malo
Commentaire mis en ligne le 8 septembre 2008Je crois que vous posez la question fondamentale: est-il pertinent d'avoir un parti qui sera éternellement dans l'opposition et qui prône un jeu qui devra être joué sur la patinoire provinciale? À mon avis, mieux vaut voter pour un parti et un candidat qui peuvent compter des buts plutôt que de ré-élire un candidat qui ne peut faire autre chose que crier et faire de l'obstruction. Dans mon cas, mon vote va aux conservateurs. Ils ont démontré qu'ils font ce qu'ils disent, et j'aime leur approche décentralisatrice.