Aline Dubé et son garçon, Yannick, provenant de Manawan, ont séjourné à Pointe-Bleue.
Photo Geneviève Blais
Arrachés à leur communauté et envoyés dans un pensionnat
Deux Atikamekw racontent leur histoire
Ils sont Atikamekw. À l’adolescence, ils ont été forcés à quitter leur famille, leurs amis et leur communauté pour se rendre au pensionnat de Pointe-Bleue. Ce drame, plusieurs autochtones de Manawan l’ont vécu. C’est le cas d’Aline Dubé et de son fils, Yannick.
«C’était dur. On se cachait pour ne pas prendre l’autobus. On était jeune et on ne voulait pas aller là. Quand je suis arrivée là-bas, j’ai eu beaucoup de peine», se rappelle Mme Dubé.
Âgée de 14 ans, elle a pris le chemin du Lac-Saint-Jean et y est restée pendant cinq ans, de 1964 à 1969. Pendant cette période, elle est retournée une seule fois chez elle, à Manawan.
Les sorties étaient très rares. «Parfois, nous avions des activités à Alma ou à Arvida, mais ça n’arrivait pas souvent. Habituellement, nous avions deux heures de libre le dimanche après-midi. Le reste du temps, il fallait rester là», a soutenu Aline.
Yannick a séjourné un an au pensionnat. Il se souvient lui aussi des restrictions. «C’était difficile. De septembre à décembre, toutes les fois que je sortais dehors, je voulais prendre la fuite et retourner chez moi. Il n’y avait pas de barrière, mais on savait qu’il ne fallait pas dépasser les limites du pensionnat», a-t-il mentionné.
Bien qu’ils n’aient pas été victimes d’agression physique ou sexuelle, les deux Atikamekw se rappellent très bien des punitions qui pouvaient être très sévères.
«On était puni pour rien. Une fois, je suis restée à genoux, les bras dans les airs, dans une salle de douche pour les filles. La religieuse m’avait oubliée là durant la nuit. Quand elle est arrivée, j’avais les genoux écorchés. Elle m’a aidée à me relever et s’est excusée», a souligné Aline.
Son garçon, quant à lui, avoue avoir copié le dictionnaire jusqu’à la lettre «M». D’autres sanctions étaient ordonnées. Par exemple, il pouvait être interdit de communiquer avec les gens dans le pensionnat, de sortir ou même de prendre un repas.
«Certains vivaient de la violence, mais ce n’était pas au grand jour. C’était caché», a expliqué Yannick.
À leur arrivée dans l’établissement, les pensionnaires étaient recouverts de produit contre les poux et recevaient un numéro. Dans certains endroits, les gens étaient appelés par leur numéro. Dans d’autres, comme à Pointe-Bleue, les jeunes pouvaient garder leur nom. Les autorités se réservaient toutefois le droit de changer le prénom s’il avait une consonance autochtone.
Les liens avec la famille étaient réduits. Le téléphone était peu accessible et les lettres étaient vérifiées avant l’envoi. «Nous écrivions, mais nous ne savions pas si nos familles avaient reçu notre message», a souligné Aline.
Cette façon de faire avait pour but, selon Yannick, d’éloigner les autochtones de leur communauté. «La mentalité, c’était d’envoyer les autochtones le plus loin possible de chez eux pour ne pas qu’ils y retournent», a-t-il soutenu.
Cette démarche a porté ses fruits, car certains anciens pensionnaires ne sont jamais retournés dans leur communauté pour ne pas être obligés d’envoyer leurs enfants dans les établissements.
«Ce sont des générations et des générations qui ont été prises en charge. Il y en a qui ont perdu leur vie autochtone», a souligné Yannick.
Les excuses du gouvernement fédéral
Le 11 juin, des excuses officielles ont été adressées aux élèves des pensionnats indiens pour les traitements qu’ils ont subis. Ces excuses, quelque 15 000 autochtones du Québec les attendaient depuis longtemps.
Elles ne sont toutefois qu’un léger baume. Les anciens pensionnaires veulent des actions. Deux indemnités ont été mises en place par le gouvernement fédéral: le paiement d’expérience commune pour tous les gens qui ont séjourné dans ces établissements et le processus d’évaluation indépendante pour les survivants qui ont subi de la violence.
«Certains dossiers ont disparu et les gens doivent se battre pour prouver qu’ils ont habité dans un pensionnat. Par ailleurs, plusieurs établissements n’ont pas encore été reconnus par le gouvernement. Il y en a environ 400 en attente. On travaille pour les faire approuver», a précisé Yannick.
Il soutient que le gouvernement, à l’époque, prenait en charge l’éducation des autochtones et les retirait de leur communauté. Ces conditions sont, selon lui, aussi applicables à des établissements comme les écoles Thérèse-Martin ou Barthélemy-Joliette.
«Nous voulons qu’elles soient reconnues, car les jeunes autochtones devaient séjourner dans des familles d’accueil et étaient exclus de Manawan», a-t-il indiqué.
Par ailleurs, les communautés souhaitent que des actions soient prises afin de favoriser la santé, l’éducation et l’accès au logement.
Il reste aussi beaucoup de travail à faire pour sensibiliser les gens à la réalité des Autochtones.
Monique Germain
Commentaire mis en ligne le 11 novembre 2008Moi j'aimerais répondre à la personne G A que nous les autochtones ont aiment ça se plaindre. As-tu déjà été toi même arraché à ta famille à ta culture être séparé de tes frères et soeurs, déraciné complètement du jour au lendemain sans aucune préparation. L'éducation parlons- en, apprendre dans la peur et battu à coup de règle parce que tu ne comprends pas le français. De plus,être traité comme des sauvages pas tête et pas intelligents parce que l'on ne parlait que notre langue. Laisse-moi te dire que notre estime de nous-mêmes en a pris un coup tellement qu'aujourd'hui on ne sait plus vraiment qui nous sommes nous faisons que commencer à immerger de notre peur et laisse moi dire que ça fait du bien de commencer à respirer un peu après maintes thérapies. Aujourd'hui je commence à être fière d'être ilnu après un exil de 26 ans de ma communauté. je vais retourner chez-moi. En plus t'est même pas capable de donner ton nom au complet.