Des nouvelles de Thérèse
Le phénomène du décrochage scolaire est un drame individuel et collectif. Drame individuel, d’abord, parce que dans une économie développée comme la nôtre, le non-diplômé se condamne à une vie de jobines. Drame collectif, ensuite, parce que le décrochage nuit à l’évolution de la société dans son ensemble en la privant de citoyens actifs et de travailleurs productifs et compétents. Il faut donc tout mettre en œuvre pour le combattre.
La région de Lanaudière est durement affectée par ce triste phénomène. À Barthélémy-Joliette, 42% des jeunes quittent l’école sans diplôme. À l’école des Chutes, à Rawdon, le taux est de près de 40%. À Lavaltrie, à l’école de la Rive, il approche 38%. À l’Érablière, à Saint-Félix, il se situe à 34%. Bonne nouvelle, l’école des Montagnes, à Saint-Michel-des-Saints, fait beaucoup mieux avec un taux de 21%.
Comment expliquer ces écarts? L’explication facile et tentante consiste à les attribuer aux écoles elles-mêmes. Certaines, dit-on alors, seraient meilleures que d’autres, d’où les différences entre elles. Il s’agirait donc, pour un jeune, de choisir la bonne pour être à l’abri de ce fléau. Ce n’est pas ainsi, pourtant, que les choses fonctionnent. Le décrochage est un phénomène complexe dont les causes sont multiples. Il a un lien, au premier chef, avec le statut socioéconomique des familles. Les pauvres, en effet, décrochent plus que les riches. Aussi, combattre le décrochage passe donc d’abord et avant tout par une lutte à la pauvreté (meilleurs salaires, meilleurs programmes sociaux, etc.).
Les écoles, cela dit, ont aussi un rôle à jouer dans ce combat et la plupart d’entre elles, il faut le reconnaître, l’assument du mieux qu’elles le peuvent avec les moyens qui sont les leurs. Pour mieux encadrer leurs élèves, particulièrement ceux qui sont en difficulté, elles auraient besoin de plus de personnel (enseignants et intervenants spécialisés), mais cela entraîne des coûts. Sommes-nous prêts, comme société, à les assumer? De toute façon, si nous n’investissons pas maintenant, il faudra payer plus tard, et plus encore, en coûts sociaux engendrés par le décrochage.
Ces chiffres inquiétants ne doivent toutefois pas nous faire oublier les belles initiatives qui existent déjà dans nos écoles et que l’on doit à des enseignants engagés. L’école Thérèse-Martin, par exemple, ce n’est pas qu’un taux de décrochage de 32,7%. Ce sont aussi des jeunes qui réussissent et qui participent à des projets très stimulants.
En fait foi, d’abord, ce petit ouvrage collectif intitulé Exercices de style et autres libertés et dirigé par les enseignants Josée Beauséjour et Alain Chaperon. Réunissant les textes de 14 élèves de la 1ère à la 5e secondaire qui sont membres du Club littéraire Produits dérivés de Thérèse-Martin, ce livre (en vente à la librairie René Martin) contient des créations qui montrent que les jeunes sont habités par de grandes questions. Ils y traitent, souvent de belle façon, du sens de la vie et de la mort, du mal dans le monde, du cercle vicieux de la vengeance et de la maladie mentale. Guidés par leurs enseignants, ils se livrent aussi à des exercices de style qui leur font découvrir les rouages de la littérature. Un bien beau projet, surtout quand on sait que la maîtrise de la langue détermine la réussite scolaire.
Un autre projet qui mérite d’être salué est celui qu’a réalisé l’enseignant Marcel Lacroix avec des jeunes de l’école, membres d’Amnistie internationale. Ils se sont rendus à Ottawa, en compagnie du député Pierre Paquette, pour exiger du gouvernement Harper qu’il rapatrie au Canada le jeune Omar Khadr, un enfant-soldat encore détenu à Guantanamo. Comme initiation à la conscience sociale et à l’engagement citoyen, on peut difficilement trouver mieux.
Ces deux exemples, choisis parmi des dizaines d’autres, montrent que nos écoles publiques, en plus d’offrir un enseignement de qualité, multiplient les initiatives qui forment et stimulent les jeunes. Elles ont besoin, pour aller plus loin, de la reconnaissance des parents et de l’appui financier et social de toute la société.
Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca