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La passion n'a pas d'âge

André Nadeau par André Nadeau
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Article mis en ligne le 7 juin 2008 à 8:26
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La passion n'a pas d'âge
Michel Louvain
La passion n'a pas d'âge
J'ai eu l'occasion vendredi dernier d'assister au spectacle de Michel Louvain au Centre culturel de Joliette. Pour moi, ce chanteur représentait une autre époque, celle de ma mère dont c'était l'anniversaire de naissance le même jour. Autrement, rien au monde ne m'aurait attiré là.

Ça aurait été dommage, car j'aurais raté une belle leçon de vie. Il faut bien le dire, Michel Louvain véhicule, auprès d'une bonne partie de la population, l'image d'un chanteur quétaine qui ressasse ses vieux succès. Il y a dans le milieu du spectacle un certain snobisme qui fait que les interprètes populaires sont regardés de haut, surtout si la plupart de leurs chansons sont tirées du répertoire américain. Dans le cas de Michel Louvain, c'est particulièrement évident, sinon comment expliquer que malgré ses records de vente de disques et sa longue et prolifique carrière, il n'ait jamais fait l'objet d'un hommage de la part de l'ADISQ lors du gala des Félix.

Contrairement aux idées reçues, j'ai plutôt découvert un artiste passionné débordant d'énergie malgré ses 71 ans bien sonnés. C'est impressionnant parce que dans la même semaine, il avait déjà présenté deux spectacles ailleurs en province et s'apprêtait le lendemain à faire le Centre Bell pour deux soirs. Bien d'autres artistes plus jeunes auraient donné le minimum d'eux-mêmes afin de se préserver pour la grande salle. Il n'en fut rien. Durant près de deux heures et demie, il a chanté, dansé et communié avec la foule. On sentait qu'il était heureux d'être chez nous et donnait l'impression que seul le public de Joliette comptait à ses yeux. L'assistance, surtout composée de gens âgés, était séduite et les spectateurs connaissaient visiblement toutes les paroles de ses chansons. D'ailleurs, il ne faudrait peut-être pas étiqueter Michel Louvain dans la catégorie âge d'or trop vite, une jeune collègue me signalait que des groupes de jeunes se dandinent le vendredi soir sur ses chansons à la salle Latulipe de Montréal.

D'autres chanteurs en tournée s'entourent d'un minimum de personnes et dans certains cas se contentent de chanter sur une musique préenregistrée. Lui, il était accompagné de sept musiciens, quatre danseurs et de techniciens. Il a d'ailleurs tenu à présenter et remercier ses musiciens, ses techniciens et même ceux de la salle Rolland-Brunelle. Ce ne sont pas tous les artistes qui ont cette délicatesse.

Ce qui frappe, c'est l'authenticité du personnage, la passion qu'il dégage pour son métier et le perfectionnisme qui l'anime. Il aurait pu profiter de son cinquantième anniversaire de carrière pour réaliser une tournée avec un minimum de dépenses et en reprenant les refrains que tous connaissent. Il s'en serait mis plein les poches et personne n'aurait trouvé à redire. En lieu et place, il a préféré confier à son chef d'orchestre le soin de refaire les arrangements de plusieurs de ses succès afin de leur donner une nouvelle vie. Il en a aussi profité pour visiter d'autres auteurs-compositeurs. Je suis presque gêné de le dire, mais j'ai passé une belle soirée avec ce grand artiste. Il faudrait que l'ADISQ se grouille avant que ses hésitations à lui rendre hommage ne deviennent une insulte.

Samedi soir, j'ai rencontré un autre artiste passionné, dans un tout autre domaine. Il s'agit de Jacques Rougeau qui a connu la gloire des arènes remplies alors qu'il luttait dans la WWF. Après une carrière bien remplie, Jacques Rougeau a entrepris de faire revivre la lutte au Québec en prenant le pari d'en faire une activité familiale dénuée de la violence gratuite qui marque ce sport-spectacle depuis que les Américains s'en sont emparés. Depuis bientôt cinq ans, il n'a de cesse de parcourir le Québec, combattre les préjugés entourant sa discipline, former de nouveaux lutteurs et perfectionner le spectacle qu'il offre. Cette année, son spectacle était à guichet fermé. Là aussi, on sent la passion et le perfectionnisme de la part d'un homme chaleureux et généreux. Après un spectacle physiquement difficile, il se prête volontiers à une longue séance d'autographes qu'il ne quittera qu'une fois le dernier amateur rencontré. Jacques Rougeau est un des plus sympathiques personnages qu'il m'ait été donné de rencontrer durant ma carrière.

Le week-end dernier, j'ai rencontré deux hommes qui incarnent la passion. On comprend pourquoi, malgré le passage du temps, ils demeurent aussi populaires auprès du vrai monde. Ça fait du bien dans cette ère du jetable après usage.

André Nadeau

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