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Ça fait peur !

André Nadeau par André Nadeau
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Article mis en ligne le 2 juin 2008 à 15:40
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Ça fait peur !
Qu'est devenue la priorité du ministre Couillard ?
Ça fait peur !
Les dernières nouvelles dans le domaine de la santé ont de quoi donner des frissons dans le dos. Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a bien beau tenir un discours apaisant et multiplier les promesses de progrès, il fait de plus en plus penser à l'orchestre du Titanic qui interprétait des airs à la mode pendant que le bateau sombrait. Les titres des journaux font état de situations qui ont dépassé depuis longtemps le niveau d'acceptabilité. Et encore, ce qu'on lit dans nos publications n'est en fait que la pointe de l'iceberg, c'est ce qui reste que les agents de communication n'ont pas réussi à camoufler aux yeux du public.

Le système craque de partout et nos administrateurs locaux n'ont guère de marge de manœuvre pour rafistoler le navire qui prend l'eau. Il y a un temps, où à force d'imagination et d'huile de bras, on parvient à pallier le manque d'argent et à fournir les services auxquels les citoyens sont en droit de s'attendre. Il vient aussi un temps, où malgré toute la bonne volonté, on n'y parvient plus. Et ce moment est venu.

Il faut ici rendre hommage aux administrateurs et au personnel du CHRDL, des CLSC et des centres d'accueil. Visiblement, ils remuent mer et monde pour maintenir le bateau à flot. Je pense particulièrement aux infirmières qui sont amenées souvent et « obligatoirement » à subir des horaires de seize heures. Les heures supplémentaires sont obligatoires dans cette profession, et bien que fatiguée, voire épuisée, l'infirmière n'a pas le droit à l'erreur. Elle risque rien de moins que la radiation. On en a même vu une cumuler 64 heures de travail en quatre jours. Si j'étais un de ses patients, je serais très inquiet de la voir arriver à mon chevet.

Le journal rapportait mercredi le cas de cette infirmière qui a eu la charge durant une nuit de 182 patients répartis sur cinq unités logées sur trois étages. Durant cette nuit, elle a dû s'occuper du décès d'un patient, d'un autre qui avait fait une chute en plus de distribuer les médicaments sur une unité où on ne trouvait aucune auxiliaire. Il ne s'y trouvait qu'un préposé qui n'est pas habilité à distribuer les médicaments. C'est la même chose pour les médecins de garde durant 24 heures. Pour peu que la garde soit active, on peut comprendre que le sourire soit parfois en option. Travailler à l'hôpital est devenu tellement rebutant que sur les 449 personnes embauchées par le CSSSNL, 378 ont préféré quitter leur emploi pour toutes sortes de raisons. Convenons qu'un tel roulement de personnel dénote certainement un malaise, le mot est faible.

La semaine dernière, on a vu des statistiques peu élogieuses pour le CHRDL quant à l'attente à l'urgence. On est, rappelons-le, la région où l'attente augmente le plus au Québec. Le ministre faisait pourtant de la diminution de l'attente sa « première priorité numéro un ». Le député de Rousseau, François Legault, a bien raison de dire que c'est un échec lamentable.

Le ministre Couillard insiste souvent sur l'importance des soins à domicile pour soulager quelque peu le système. Il a bien raison, mais là aussi, on peut parler d'un échec, du moins dans notre région. Selon des chiffres révélés cette semaine, on ne parvient pas à fournir des soins convenables à 405 personnes sur une liste d'attente. Pire encore, de ce nombre, 127 ne reçoivent aucune aide et doivent s'en remettre à des membres de leur famille. Dans bien des cas, ces aidants naturels sont des conjoints aussi âgés que la personne aidée qui risquent de tomber malades à leur tour. Parfois, ces aidants n'ont même pas la force physique requise pour donner un bain à une personne malade ou en perte d'autonomie. J'ai vu un cas où une personne âgée aveugle nécessite une surveillance de tous les instants, ne serait-ce que pour prévenir les chutes ou régler les problèmes d'incontinence. La personne qui en prend soin, elle-même malade, en est rendue à avoir un sommeil perturbé depuis que son père a fait une chute durant la nuit. Le CLSC lui octroie deux périodes de trois heures par semaine, tout juste le temps d'aller faire l'épicerie. Des cas, comme celui-là et des pires, on pourrait en lister 405. Les administrateurs de l'hôpital sont-ils fautifs? Non, car ils n'ont tout simplement pas d'argent pour payer les 2429 heures de soins par semaine qui seraient nécessaires pour couvrir les besoins.

Quand un usager en est rendu à recourir au service du protecteur du citoyen pour obtenir un peu d'aide, ça dépasse les bornes. Je suis tanné d'entendre un porte-parole fournir des justifications pour les mauvais bilans de notre région. Ce ne sont pas de justifications dont on a besoin, mais des solutions!

On va tous vieillir et ça fait peur !

André Nadeau

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