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Louis Cornellier
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Des capsules sur la langue

Louis Cornellier par Louis Cornellier
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Article mis en ligne le 28 mai 2008 à 7:10
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Des capsules sur la langue
Je ne partage pas l’opinion répandue selon laquelle la qualité de la langue, au Québec, se serait dégradée ou encore serait plus mauvaise qu’ailleurs dans la francophonie. Je considère que cette opinion n’est pas fondée sur des faits, mais sur des impressions, inspirées par la nostalgie. Pour plusieurs personnes, en effet, tout allait toujours mieux avant. Ce n’est pas mon cas. Je pense plutôt que, en matière de langue comme en bien d’autres domaines (santé, éducation), nous nous sommes collectivement améliorés.

Je ne prétends pas pour autant que tout est parfait et qu’on ne pourrait faire mieux. L’amélioration de la qualité de la langue est une mission perpétuelle que nous devons avoir à cœur. Or, elle ne se réalisera pas avec des sermons qui évoquent le beau passé, ce paradis inventé où tous s’exprimaient bien, mais avec de petits gestes concrets qui en appellent à notre volonté de mieux faire.

Pendant l’année scolaire, je propose à mes étudiants un exercice qu’ils adorent. Au début de chacun de mes cours de français au collégial, je leur présente trois capsules linguistiques, c’est-à-dire trois expressions ou mots que l’on utilise presque quotidiennement, mais qui sont pourtant incorrects en français standard. Une fois qu’ils ont pris conscience de ces mauvais usages, mes étudiants, fiers de connaître enfin la bonne expression ou le bon mot, se font un plaisir d’essayer de se corriger et de donner le bon exemple à leur entourage. Ils contribuent, ainsi, à l’amélioration collective de la qualité de la langue, dans un esprit convivial, nettement plus efficace et stimulant que le prêchi-prêcha sur la dégradation du français.

Fort du succès obtenu en classe avec cette approche, je vous propose, aujourd’hui, le même exercice, en formulant le rêve un peu fou de voir la région de Lanaudière devenir le royaume de la capsule linguistique.

Plusieurs de nos restaurants, par exemple, nous offrent un « bar à salades ». Or, en français, un bar est un débit de boissons alcoolisées. Il faudrait donc plutôt parler d’une table, d’un buffet ou d’un comptoir à salades. Cette seule correction éviterait la répétition quotidienne d’une faute de français à des centaines de personnes. Quant au mot « alcool », il se prononce bel et bien « alcol » et non « alco-hol ». Facile à corriger, là encore. Aux serveurs et serveuses, on peut aussi suggérer la simple correction suivante : en français, le mot « bienvenue » peut servir de formule de salutation (comme dans « bienvenue chez moi »), mais il est un anglicisme quand on le sert en réponse à un remerciement. Dans ce cas, il faut le remplacer par « de rien » ou « il n’y a pas de quoi ». Il serait bien que nos restaurateurs deviennent des exemples en ce domaine.

Nous sommes, cela dit, tous concernés par cette entreprise d’amélioration de la qualité de la langue. L’expression « au niveau de », par exemple, est employée à tort et à travers dans tous les milieux. En français, elle ne s’applique qu’à des cas où des « niveaux » sont concernés. On peut avoir de l’eau au niveau des genoux ou de la ceinture ou dire d’un prof qu’il enseigne au niveau primaire. Dans toutes les autres circonstances, il faut remplacer cette expression par des formules comme « sur le plan de », « en ce qui concerne » ou « quant à ». Est aussi incorrecte l’expression « en quelque part ». On peut aller « quelque part » (sans préposition). Dans les autres contextes, il faut plutôt dire « d’une certaine manière » ou « en quelque sorte ».

Ce ne sont là que quelques exemples parmi des centaines. Il faudrait en mentionner d’autres. Rappeler que des dépliants ne sont pas des pamphlets, que, si on ne vend pas des trottoirs, il faut plutôt parler d’une vente en plein air, etc. À ceux que cette sympathique façon d’améliorer la qualité de la langue sourit, je suggère donc la lecture des 400 capsules linguistiques (Lanctôt éditeur, 1999), l’instructif ouvrage du linguiste Guy Bertrand. Ils pourront, ensuite, répandre la bonne nouvelle.

Louis Cornellier

louisco@sympatico.ca

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