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Les filles sont-elles toutes grosses ?

André Nadeau par André Nadeau
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Article mis en ligne le 10 mai 2008 à 10:18
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Les filles sont-elles toutes grosses ?
Trop grosses, les filles ?
Les filles sont-elles toutes grosses ?
Une jeune fille ravissante me confiait cette semaine, qu'elle se trouvait trop grosse. À l'entendre parler, on aurait dit qu'elle possédait tous les attributs pour devenir membre des outremangeurs anonymes. Elle estimait avoir un bon dix livres à perdre. Pourtant, cette jeune fille affiche son poids santé et je vous jure qu'elle a tout pour plaire à la majorité des hommes.

Elle n'est pas seule dans son cas. Elles sont légion à mener une guerre sans merci aux kilos de trop qui n'existent pas. C'est même devenu une obsession chez les plus jeunes. Des travaux menés par le Groupe d'étude des conditions de vie et des besoins de la population (ÉCOBES), dont les grandes lignes ont été publiées par le Journal de Montréal, démontrent à quel point la minceur est devenue une véritable obsession chez les adolescentes.

C'est d'ailleurs un peu paradoxal de constater que tant de jeunes filles visent la maigreur alors que les gouvernements multiplient les mesures pour combattre l'obésité tant chez les enfants que les adultes.

La perception que les jeunes ont de leur corps est nettement influencée par les modèles que présentent les magazines, le cinéma et les stations de télévision. Ce qui est frappant dans l'étude, c'est qu'au-delà du poids santé, on trouve une infime minorité de jeunes filles qui se montrent satisfaites de leur silhouette. Chez les filles qui affichent le poids santé, elles ne sont qu'une sur dix à se dire satisfaites. L'indice de satisfaction grimpe ensuite à mesure qu'on s'approche de la maigreur. Chez les jeunes filles très maigres, voire squelettiques, 83 % se disent satisfaites de leur apparence physique. Autant de candidates à l'anorexie !

Déjà à 14 ans, tout juste au sortir de l'enfance, une jeune fille sur deux veut perdre du poids. Ça ne s'améliore pas avec l'âge puisqu'à 18 ans, la proportion des filles qui souhaitent perdre quelques kilos atteint les deux tiers.

Cette tendance à suivre des modèles inaccessibles ne date pas d'aujourd'hui, mais on constate une nette augmentation de l'insatisfaction des jeunes filles à l'égard du tour de taille. La même étude réalisée en 2002 montre déjà une propension à la minceur, mais dans des proportions beaucoup moindres. Ainsi, deux fois plus de jeunes filles affichant le poids santé se montraient satisfaites de leur corps et seulement 53 % des jeunes filles très maigres se satisfaisaient de leur silhouette. Aujourd'hui, on voit même des adolescentes qui recourent à la chirurgie esthétique, au maquillage permanent ou pire, aux implants mammaires.

Cette perception, faussée dans la plupart des cas, n'est pas sans conséquence. Elle influe fortement sur l'estime de soi allant ultimement jusqu'à développer des sentiments de rejet. La lutte contre l'obésité et la sédentarité est certes nécessaire, mais il faut faire bien attention que le message s'adresse aux bonnes personnes. Il vaudrait peut-être mieux mettre l'accent sur l'activité physique et une saine alimentation. Dans cette veine, on ne peut qu'applaudir aux efforts faits par l'industrie de la mode pour exclure les mannequins rachitiques qui pullulaient il n'y a pas si longtemps. Nous pouvons aussi faire chacun notre part, ne serait-ce qu'en évitant des propos désobligeants, même sous le couvert de l'humour, à des adolescentes à propos de leur poids ou de leur apparence.

Je parle ici des jeunes filles parce que le phénomène est plus marqué, mais les garçons ne sont pas insensibles non plus aux modèles que véhiculent les médias. Ils seraient un peu plus de 30 % à rêver du physique d'Arnold Schwarzenegger. Toutefois, il appert que l'apparence physique compte pour peu dans l'estime de soi des garçons.

Les gars sont d'ailleurs assez chanceux. La jeune fille dont je parlais au début de ce texte a beau se battre pour réduire son tour de taille, elle avoue qu'elle préfère les gars à bedaine. Comme on dit familièrement, le monde est donc pas juste…

André Nadeau

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