L’église de Saint-Ignace-du-Lac se trouvait à cet endroit.
- Photo Jean Chevrette
Le cimetière de Saint-Ignace-du-Lac passé au peigne fin
Les descendants des familles recherchés
Les corps inhumés dans le cimetière du village englouti de Saint-Ignace-du-Lac, près de Saint-Michel-des-Saints, seront passés au peigne fin dès juillet prochain. Un groupe de chercheurs de l’Université de Montréal se rendra sur les lieux afin de lever le voile sur le mode de vie des habitants de l’époque.
«Nos recherches nous permettront de donner un nouvel éclairage sur la vie à Saint-Ignace-du-Lac. Nos découvertes seront complémentaires aux sources écrites et orales», a précisé Isabelle Ribot, professeure adjointe au Département d’anthropologie de l’Université de Montréal.
L’idée d’explorer ce site archéologique naturel est née en 2006. Comme la zone surélevée où étaient situés l’église, le cimetière et des maisons est menacée par l’érosion, le projet doit se concrétiser dans un futur rapproché. Les chercheurs devraient effectuer les premières fouilles du 28 juillet au 22 août et devraient poursuivre leurs recherches en 2009.
«La fouille se concentrera d’abord sur la zone funéraire, où les corps ont été inhumés, et ensuite sur un terrain d’habitation proche qui était la boucherie du village. Cette dernière recherche pourrait apporter des données supplémentaires sur les pratiques alimentaires», a souligné Mme Ribot.
Dans les archives paroissiales, on fait référence à 168 décès survenus à Saint-Ignace-du-Lac. Sur ce, environ 30 % des sépultures auraient été transférées dans un cimetière de Saint-Michel-des-Saints. La majorité des corps correspondent à des enfants.
«On essaie de retrouver les descendants des familles de Saint-Ignace-du-Lac. Nos fouilles ne permettront probablement pas d’identifier chacune des sépultures, mais elles nous permettront de regarder l’état de santé et d’obtenir des informations sur le mode de vie des gens du village», a soutenu Isabelle Ribot.
L’implication des descendants, qui proviennent majoritairement de Saint-Michel-des-Saints et des environs, permettra de faire avancer les recherches. Ces gens sont invités à communiquer avec Gilles Rivest ou avec Mme Ribot au i.ribot@umontreal.ca.
Celle-ci prévoit commencer l’analyse des ossements humains en 2010, pour ensuite les remettre en terre de façon respectable.
«L’analyse des squelettes humains du cimetière abordera divers aspects biologiques, afin de mieux comprendre le contexte socioéconomique de cette population rurale», a-t-elle précisé.
La durée de vie de Saint-Ignace-du-Lac correspond à une tranche essentielle de l’histoire du Canada rural. La mise en place d’un barrage sur le rapide Toro, en 1931, a provoqué le démantèlement et l’inondation de la majeure partie de la municipalité. Environ 600 personnes s’étaient alors exilées. Actuellement, les restes du village sont localisés sur une île du lac Taureau.
Étapes préliminaires
Pour pouvoir mener une telle fouille, les chercheurs doivent d’abord recevoir l’appui de la MRC Matawinie et de la municipalité de Saint-Michel-des-Saints. Ils doivent ensuite obtenir le permis du ministère de la Culture et de la Communication pour la fouille des restes humains, de même que l’autorisation du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs pour le déboisement. Le projet est ensuite soumis au comité d’éthique de l’Université de Montréal qui doit remettre un permis de bioéthique.
Pour la réalisation de ce projet, 15 000 $ par année pendant trois ans sont remis aux chercheurs par les Fonds québécois de recherche sur la société et la culture (FQRSC).