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Notre cathédrale: un trésor est caché dedans

Louis Cornellier par Louis Cornellier
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Article mis en ligne le 7 mai 2008 à 10:15
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Notre cathédrale: un trésor est caché dedans
Majestueuse, notre cathédrale trône au cœur d’un espace en demi-cercle qui est un des plus beaux lieux de la région. Chargé d’histoire, cet espace est aussi occupé par l’évêché, la résidence des Clercs de Saint-Viateur, le Centre Champagneur et le Cégep. À cet ensemble d’esprit néo-roman, s’ajoutent les terrains de soccer du parc Louis-Querbes et la piscine municipale de Joliette, le tout partiellement ceinturé par la magnifique rivière L’Assomption que longe un agréable sentier pédestre. Au cœur de la ville, donc, se trouve un lieu qui allie avec grâce la nature et la culture, en évoquant du même coup, dans un bel équilibre, le sport, la connaissance et la foi. En été, quand il fait beau et chaud et qu’une petite brise le fait respirer, on s’y croirait presque au paradis terrestre.

À l’intérieur de la cathédrale, habilement restaurée en 2001-2002, un autre décor tout aussi riche attend le visiteur. Il se compose, notamment, des tableaux d’Ozias Leduc, le plus célèbre peintre d’église du Canada, qui représentent les quinze mystères du rosaire, inspirés par une dévotion à Marie, et huit scènes du Nouveau Testament. Ce trésor de notre patrimoine religieux n’avait jamais, à ce jour, été analysé en bonne et due forme par un expert en la matière.

C’est ce manque que vient combler Micheline Senécal avec un savant ouvrage intitulé Les Tableaux d’Ozias Leduc à la cathédrale Saint-Charles-Borromée de Joliette (éditions GID, 2008). Lanaudoise d’adoption depuis plus de trente ans, Micheline Senécal, qui est médecin de formation, a aussi complété une maîtrise en études des arts à l’UQAM et elle donne des cours d’histoire de l’art au Musée de Joliette. Dans ce livre richement illustré, elle analyse en détail (composition, couleurs, influences) les tableaux de Leduc, tout en fournissant d’intéressantes informations sur le contexte régional et religieux qui les a vus naître.

Commandés à Leduc, en 1892, par le curé Prosper Beaudry, ces tableaux, terminés deux ans plus tard, ont été commentés, par la suite, sans être analysés en détail, par des personnalités cléricales de la région. En 1990, l’abbé François Lanoue, historien, qualifiait la cathédrale de « Bible parlante parce qu’elle raconte l’histoire de notre salut et explique les mystères de notre foi ». Il ajoutait, quelques années plus tard, que Leduc avait choisi des couleurs « simples, joyeuses et solennelles qui conviennent parfaitement bien à la splendeur et à la majesté du moment ».

Le père Wilfrid Corbeil, c.s.v., formulait toutefois un jugement plus sévère. En 1978, il reconnaissait que les tableaux de Leduc formaient « un ensemble artistique unique », mais il leur reprochait de n’être pas parvenus à créer une « iconographie nationale, fondée sur un style original » puisqu’ils brillaient surtout par « leur talent à transcrire les grands maîtres ».

Senécal lui donne en partie raison en démontrant que Leduc s’inspire bel et bien de maîtres européens de la Renaissance jusqu’au 19e siècle, mais elle précise toutefois que « sa part d’originalité se trouve dans l’interprétation des formes recréées, dans la qualité de son travail pictural, dans la précision du dessin, dans le choix personnel du coloris et dans l’harmonie de l’ensemble ».

En conclusion de son étude, elle se demande avec inquiétude ce « que signifieront dans l’avenir les tableaux religieux pour le spectateur ignorant des conventions chrétiennes ». Cette question, d’ailleurs, s’applique à toute l’histoire religieuse, si importante dans la genèse du Québec en général et de la région de Lanaudière en particulier.

La vraie liberté, on devrait le savoir, ne saurait se fonder sur l’ignorance du passé. Il ne s’agit pas d’y revenir, mais bien de le connaître pour s’inspirer de ce qu’il y avait de meilleur en lui et de l’actualiser afin d’entrer dans l’avenir avec un riche bagage. Bien fol héritier que celui qui refuserait un trésor, même ancien.

Louis Cornellier

louisco@sympatico.ca

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