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L'Action
Louis Cornellier
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L’horreur à l’école

Louis Cornellier par Louis Cornellier
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Article mis en ligne le 29 avril 2008 à 10:40
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L’horreur à l’école
J’étais, à l’école, ce qu’on appelle un bon élève. Enfant joyeux et énergique, je pouvais parfois être un peu tannant, mais dans le respect des normes acceptables. Je n’avais, en moi, aucune violence, et les vraies bagarres, même d’écoliers, me faisaient peur.

Pourtant, en secondaire 1, je fus, pendant quelques semaines, une sorte de bourreau involontaire. Une jeune fille de ma classe avait un tic que tous remarquaient. Par amusement, je lui avais donné un surnom comique qui s’était répandu comme une traînée de poudre. Un soir, son père, avec délicatesse, s’est présenté chez moi pour raconter à mes parents le drame que vivait sa fille. Humiliée par ce surnom, elle pleurait tous les soirs. De l’étage, où j’étais, j’avais tout entendu. J’en fus bouleversé. Par inconscience et pour faire le drôle, je pourrissais la vie d’une préado qui ne méritait pas cet injuste traitement. Dès le lendemain, encouragé par mes parents, j’ai mis fin à ces niaiseries, tout en incitant les autres à faire de même.

Je vous parle, ici, d’un cas léger qui a trouvé une conclusion heureuse. Malheureusement, il n’en va pas toujours ainsi. L’école, pour les enfants et les adolescents, devrait être une joie. Lieu d’apprentissage et de socialisation, elle devrait être comme un second chez-soi où l’on apprend à connaître et à vivre, en compagnie de nos amis. Dans les pays où l’école obligatoire et gratuite n’existe pas, c’est ainsi que la perçoivent les enfants qui en rêvent.

La réalité, pourtant, pour certains élèves, est plus cruelle. Confrontés au taxage, à l’homophobie, à l’intimidation et à la violence sous toutes ses formes, ils en viennent à considérer l’école comme un impitoyable champ de bataille sur lequel ils mangent tous les coups et finissent par la détester. Il s’agit là, il ne faut pas hésiter à le dire avec un mot fort, d’un véritable drame humain qui ruine des vies innocentes.

Ce drame, le romancier belge Nic Balthazar l’évoque avec force dans un petit roman intitulé Ben X (Boréal inter, 2008) dont il vient de tirer un film. Légèrement autiste, le personnage principal de cette histoire est terrorisé à l’idée d’aller à l’école où il se fait violenter par deux ados inconscients. « Non, écrit le romancier, Ben n’aimait pas aller à l’école, mais son dégoût trouvait ses racines ailleurs. La vraie raison de cette aversion, c’était l’insécurité. » Sa vie, rapidement, devient un enfer, au point où il songe à se suicider. D’autres victimes, pour leur part, deviendront à leur tour bourreaux et nourriront ce cercle vicieux.

Ce drame, donc, qui devrait non seulement nous arracher les larmes mais nous scandaliser, se produit quotidiennement dans les écoles du Québec, y inclus celles de Lanaudière. Et parce qu’il est intolérable, parce qu’il blesse notre sens de l’humanité, il faut tout faire pour y mettre fin. En ce sens, on ne peut donc que se réjouir du plan d’action contre la violence à l’école annoncé par la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, le 21 avril dernier. Ce plan prévoit d’abord établir un portrait de la situation, pour ensuite mettre en place des mesures adaptées à chacune des écoles. Il s’accompagne d’un budget de 16,9 millions sur trois ans. C’est un premier pas.

Il n’atteindra ses objectifs, toutefois, qu’à la condition que tous –enseignants, autres intervenants scolaires, parents et enfants- se mobilisent. Il faut mettre un terme à la culture du silence qui entoure ce drame affectant toutes les écoles. Enseignants et parents, surtout, doivent s’épauler dans la délicate mission qui consiste à identifier bourreaux et victimes et à les faire parler. Les responsables scolaires, de même, ne devraient pas hésiter à inviter, dans les écoles, les héros des jeunes –sportifs, comédiens, vedettes de la scène musicale- afin qu’ils portent le message que la violence, c’est nul, lâche, et que la vraie force est ailleurs. Il faut rendre la violence méprisable aux yeux de tous, en commençant par les nôtres. Les petites victimes, qui pleurent en silence, de même que les petits bourreaux inconscients, ont besoin de nous.

Louis Cornellier

louisco@sympatico.ca

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