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Mes fantômes du CH

Louis Cornellier par Louis Cornellier
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Article mis en ligne le 24 avril 2008 à 11:32
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Mes fantômes du CH
Je conserve, dans mes archives, une photo publiée dans Le Journal de Montréal en décembre 2006. Œuvre d’Olivier Jean, elle montre un petit garçon, hospitalisé à Sainte-Justine, qui fond en larmes en recevant un autographe d’un joueur du Canadien. « L’émotion était trop forte », dit la légende.

Cette photo, à mes yeux, illustre avec force que le Canadien de Montréal, d’une certaine façon, est plus grand que lui-même. Ce n’est pas, en effet, ce joueur précis, cet individu en chair et en os, avec ses qualités et défauts personnels, qui déclenche cette émotion. C’est plutôt le héros imaginaire que l’enfant voit en lui parce qu’il porte le fameux CH.

Je retrouve, dans cette photo, une part de ma relation personnelle avec le Canadien. J’ai, sur mon lit, une couverture en laine polaire, un doudou, avec le logo du Canadien. Dans mon salon, une toile du peintre lanaudois Norman D. Gérard montre un ado un peu triste revêtu de la Sainte-Flanelle. On pourrait en conclure, après une analyse rapide, que je suis un fan fini du CH. Ce ne serait pas faux, mais un peu court.

Ce que j’aime, en fait, du CH, ce que je retrouve dans cette couverture et dans cette toile, ce n’est pas tant l’équipe sportive actuelle et encore moins l’entreprise commerciale qui arnaque les amateurs en vendant ses billets 100$ et son gobelet de bière 10$. Non, ce que j’y retrouve, c’est mon enfance, son esprit, mes élans de jeunesse qui ont été nourris par ma passion du hockey.

À l’époque, comme beaucoup de petits garçons, je rêvais d’être joueur professionnel. C’est, du moins, ce que je croyais. Aujourd’hui, devenu adulte, je suis conscient que ce rêve était une métaphore et que je savais déjà, au fond, que je ne serais un hockeyeur que sur la patinoire de la vie. Michel Rivard, dans sa sublime chanson « Histoire d’hiver », exprime avec justesse ce sentiment : « J’rêvais de jouer pour les étoiles/ Et de déjouer la destinée/ Un beau matin l’amour viendrait m’gonfler les voiles/ Tout en douceur et peur de rien ».

C’est ça, oui, que je retrouve, encore, dans mon attachement au symbole du CH. Ce sont les milliers de parties de hockey bottine, dans la cour de mon voisin, quand nous nous prenions pour Lafleur et Dryden. Ce sont, surtout, tous ces samedis soirs passés en compagnie de mon grand-père à regarder les matchs. Que peuvent donc avoir en commun un enfant de 9-10 ans et son grand-père de 60 ans? Nous avions le Canadien. On oublie, parfois, que cette passion partagée a permis un dialogue entre des générations d’hommes qui, sans elle, auraient eu peu à se dire. Elle nous a permis, aussi, d’aimer l’hiver.

Je sais, maintenant que je suis adulte, que ce que j’aime du Canadien, ce n’est pas son histoire à lui, avec les faits d’armes de ses joueurs, mais plutôt l’histoire de ceux qui l’ont aimé. Ce que j’y retrouve, c’est mon histoire, cette enfance que je continue, sans lui laisser prendre le dessus, de porter en moi, et c’est encore ce qui m’attache à l’imaginaire qu’il charrie. Comme le chante encore Rivard : « Mais chaque automne quand l’temps rapetisse/ Je r’vois l’hiver où j’ai grandi/ Et je patine jusqu’au bout d’la vie ».

Parce qu’il est une institution qui transcende ce qu’il est vraiment, je me fous que le Canadien gagne la Coupe ou non. Qu’il gagne un peu me suffit. Je ne lui demande que d’être à la hauteur de l’imaginaire qu’il suscite. Pour moi, la visite des joueurs du Canadien à Sainte-Justine est plus importante qu’une victoire, et je considérerais comme une marque de gratitude minimale envers le Québec le fait qu’ils soient capables de s’adresser à nous dans notre langue. Quant aux fans, être à la hauteur, pour eux, devrait signifier de ne pas confondre la partisannerie sauvage avec la fidélité aux fantômes du CH qui peuplent notre enfance, de même que celle des petits fans actuels, et qui supportent mal la vulgarité tapageuse et commerciale.

Louis Cornellier

louisco@sympatico.ca

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