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Quand nos ancêtres lanaudois étaient délinquants

Louis Cornellier par Louis Cornellier
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Article mis en ligne le 15 avril 2008 à 14:53
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Quand nos ancêtres lanaudois étaient délinquants
En août 2007, quand Pierre-Paul Paquette, mieux connu sous le nom de « l’homme à la boîte », a été sauvagement assassiné par un (ou des) criminel qui court toujours, plusieurs Lanaudois se sont sûrement écriés : « Mais dans quel siècle vivons-nous? » Un meurtre d’une telle violence, en effet, laissait croire à une inquiétante augmentation de la criminalité sauvage, même dans notre paisible région. Dans le bon vieux temps, ont sans doute pensé beaucoup d’entre vous, ces choses-là n’arrivaient pas.

Sait-on, pourtant, que, en 1834, à l’Assomption, un certain Olivier Brien dit Desrochers a assassiné sa belle-sœur à coups de hache? Domitilde Perrault, la jeune femme de 18 ans, vivait chez ses beaux-parents et s’apprêtait à témoigner dans une affaire de vol impliquant son beau-frère. Ce dernier, semble-t-il, voulait la faire taire.

Sait-on que, en 1831, à Rawdon, James Coultra a tiré à bout portant sur Robert Brown qui était entré sans consentement dans sa maison, sous prétexte de demander de la graine de foin, pour lui faire un mauvais parti?

Je tire les récits de ces faits divers sanglants d’un récent ouvrage de l’ethnologue et muséologue Guy Giguère. Intitulé Plus ça change, plus c’est pareil (Michel Brûlé éditeur, 2008), ce livre d’histoire illustre, d’une certaine manière, que « rien n’est vraiment nouveau sous le soleil lorsqu’il s’agit du comportement des humains ». Giguère, pour mener à bien son enquête, a relu tous les numéros publiés entre 1826 et 1856 du défunt journal La Minerve. Cet exercice lui a permis de découvrir que nos ancêtres étaient loin d’être tous des saints.

Parmi les centaines de faits divers évoqués dans son ouvrage, une petite dizaine concerne la région de Lanaudière. En septembre 1847, par exemple, Berthier est le théâtre de deux de ceux-là. Le forgeron du village, rapporte alors La Minerve, « du nom de William Dorrach, résidant dans les concessions de Berthier depuis quelque temps, fut laissé inanimé sur le chemin, par deux voyageurs ivres qui lui enfoncèrent deux côtes avec le timon de leur charrette ». Les malfaiteurs se sont ensuite enfuis et n’ont jamais été retrouvés. Il s’agit, vous avec bien lu, d’un délit de fuite en charrette! La semaine suivante, un cultivateur recueillera une caisse flottant sur le fleuve. En l’ouvrant, il y découvrira un enfant bien vivant de trois ans! Le curé de l’époque, Jean-François-Régis Gagnon, se chargera de lui trouver un foyer.

En 1845, Michel Lambert, un homme d’affaires de Lanoraie, assassinera Pierre Saint-Amant, son partenaire dans le commerce du bois, avec un coup de hache. Saint-Amant, selon Lambert, manquait d’ardeur au travail.

L’année précédente, à Saint-Cuthbert, un jeune inconnu se pointe chez un cultivateur pour demander à être conduit à Montréal. L’agriculteur, en échange de 9 francs, sous-traite le travail à un jeune homme du village. Pendant le trajet, l’étranger fait boire quelques coups d’une drôle de liqueur à son conducteur. Ce dernier, alors, sombre dans une profonde léthargie et se fait voler le cheval et la voiture. Cette drogue du vol peut-elle être considérée comme l’ancêtre de la drogue du viol?

On apprend aussi, à la lecture de ce charmant et instructif ouvrage, que nos ancêtres se plaignaient déjà, au 19e siècle, des étés et des hivers trop chauds ou trop froids, de la neige trop abondante ou trop rare et des tempêtes trop violentes. En juillet 1843, La Minerve rapporte que, « à Rawdon, plusieurs édifices ont été emportés par l’ouragan et les grains ont beaucoup souffert ». On se plaint aussi, à l’époque, des trottoirs mal déneigés, des ponts qui s’effondrent et, bien sûr, c’est un classique, de la mauvaise qualité de la langue française.

Le bon vieux temps, finalement, sur le plan humain, ressemblait pas mal au nôtre. À plusieurs égards, d’ailleurs, en santé et en éducation par exemple, nous faisons beaucoup mieux. La nostalgie, en ce sens, n’est pas souvent bonne conseillère.

Louis Cornellier

louisco@sympatico.ca

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