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Les écolo-menteries

André Nadeau par André Nadeau
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Article mis en ligne le 12 avril 2008 à 9:06
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Les écolo-menteries
La couleur de la première décennie du 21e siècle est assurément le vert. Il y a quelques années à peine, cette couleur était à éviter dans les montages publicitaires, sauf pour les Caisses populaires Desjardins qui ont toujours mis de l'avant le vert de leur logo.

Les partis politiques privilégiaient le bleu et le rouge et le vert ne restait disponible qu'aux partis marginaux tels le Crédit social ou le Ralliement créditiste. Le NPD Québec optait pour le jaune et son homologue fédéral pour l'orangé. Aujourd'hui, on a même un parti Vert et le Parti québécois a ajouté cette couleur à son logo.

Le vert a recouvré ses lettres de noblesse à la faveur de l'engouement pour les questions environnementales. À force de se faire dire par les scientifiques que nous allions droit à la catastrophe avec les émissions de gaz à effet de serre, la population a de plus en plus fait sienne les valeurs environnementales. Les gens sont plus conscients de l'impact de l'activité humaine et les comportements commencent à changer. Les citoyens font de plus en plus des choix de consommation qui tiennent compte de l'effet produit sur leur milieu de vie. Ils réclament davantage de mesures des gouvernements et sont plus critiques vis-à-vis des produits des manufacturiers.

Il n'en fallait pas plus pour que les entreprises prennent à leur tour le virage environnemental. Tout le monde veut s'afficher en vert et présenter un discours socialement rentable. Stéphane Guilbeault, l'ex-président de Greenpeace, pourrait faire fortune s'il se montrait disponible comme porte-parole d'entreprises. Il recevrait des offres de dizaines d'agences de publicité. Dieu nous en préserve !

La publicité ne présente pas de mensonges, mais elle excelle dans l'art d'embellir la vérité et de faire abstraction d'un passé moins glorieux. Prenez toutes ces publicités de marques d'automobiles entourées de vert, ou présentant des véhicules près d'un ruisseau ou de cerfs de Virginie, c'en est presque honteux quand on sait que la plupart des améliorations environnementales apportées aux automobiles l'ont été par un resserrement des normes par les gouvernements. Ce sont les mêmes entreprises qui revendiquent le statut vert qui ont contesté tant qu'ils ont pu devant les tribunaux les normes environnementales imposées, particulièrement par l'État de la Californie. À une entreprise qui clame à pleine page que ses véhicules sont recyclables à 80 %,.on a le goût de dire, revenez nous voir, quand ils seront recyclés et non recyclables.

Plusieurs entreprises prétendent aussi avoir pris le virage vert parce qu'elles ont instauré la facturation électronique. Sauvons la planète en cliquant ! Cette opération en est davantage une de marketing, car le premier bénéficiaire de la facturation électronique et des relevés bancaires par Internet, ce n'est pas tant la planète que l'entreprise elle-même. Imaginez deux secondes, une compagnie qui expédie chaque mois 700 000 factures à travers le Québec à 51 cents le timbre, sans compter le papier et les enveloppes, c'est une économie de 4,3 millions de dollars au bout d'une année. Des entreprises comme Hydro-Québec, Bell Canada, Vidéotron et les banques ont bien davantage de clients que dans l'exemple ci-haut. Avec des sommes pareilles, on a intérêt à devenir écologiste et prendre sa carte de Greenpeace.

La semaine dernière, La Presse se donnait un air écologiste en invitant ses abonnés et des célébrités québécoises à une conférence de l'ancien vice-président américain, Al Gore, devenu depuis un porte-parole du mouvement écologiste. Belle initiative et beau coup d'éclat qui permet de voir Al Gore en compagnie du propriétaire de La Presse. Toutefois, le Journal de Montréal révélait cette semaine que Power Corporation, société éditrice de La Presse, était aussi actionnaire d'une entreprise pétrolière qui s'active dans l'exploitation très polluante des sables bitumineux de l'Alberta.

Un épisode des Bougon a fait rire le Québec en entier alors que la célèbre famille s'était mise à la vente d'eau embouteillée provenant du robinet. La réalité rejoint aujourd'hui la fiction, car observez bien la liste des ingrédients des bouteilles d'eau pure qu'on retrouve sur le marché. Celle de la marque Dasani, embouteillée par Coca-Cola, provient elle aussi de l'eau du robinet d'une ville ontarienne. Ce n’est pas un mensonge, mais…

André Nadeau

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