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Faut-il en finir avec le Bloc?

Louis Cornellier par Louis Cornellier
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Article mis en ligne le 9 avril 2008 à 8:26
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Faut-il en finir avec le Bloc?
Le Bloc québécois, semble-t-il, n’est pas dans ses meilleurs jours. Le Journal de Montréal parle même, à son sujet, d’une « crise existentielle sans précédent ». Talonné par les conservateurs dans les sondages, le Bloc souffrirait aussi de la décision du Parti québécois de ne plus promettre de référendum à court terme. Dans ces conditions, certains se demandent même s’il a encore sa place à Ottawa.

Les arguments de ceux qui souhaitent en finir avec le Bloc sont connus. Condamné à l’opposition permanente, disent-ils, ce parti prive le Québec d’une participation au vrai pouvoir. De plus, ajoutent même des souverainistes, il ne fait pas augmenter l’appui à la souveraineté. Des fédéralistes, enfin, dénoncent le fait que ses députés, qui veulent briser le Canada, soient payés avec l’argent d’Ottawa.

Ces arguments, à mon avis, ne sont pas valables. Il est vrai que le Bloc, d’une certaine manière, constitue une anomalie. Un parti qui n’aspire pas à exercer le pouvoir et qui, donc, ne pourra jamais appliquer son programme est une bizarrerie dans notre paysage politique. Malgré cela, le Bloc conserve toute sa pertinence parce qu’il est un symptôme de ce qui ne marche pas dans le Canada actuel. Ce que l’existence du Bloc révèle, c’est que, aux yeux d’une majorité simple de Québécois, le fédéralisme canadien tel qu’il fonctionne est inacceptable.

L’argument selon lequel le Québec gagnerait à participer au vrai pouvoir, en votant pour des candidats conservateurs ou libéraux qui ont une chance de faire partie du gouvernement, a été maintes fois contredit dans notre histoire. En 1982, lors du rapatriement de la Constitution orchestré par Trudeau et auquel s’opposaient unanimement les députés de l’Assemblée nationale, 74 des 75 députés fédéraux du Québec étaient au pouvoir. Seul Roch Lasalle, député conservateur de Joliette, siégeait dans l’opposition. Cette situation, que d’aucuns nous présentent aujourd’hui comme un bénéfice pour le Québec, n’a pas empêché Trudeau de procéder sans notre consentement.

La semaine dernière, quand Jean-Pierre Blackburn, ministre du Travail et député conservateur de Jonquière-Alma, a parlé d’une éventuelle réouverture de la Constitution pour y reconnaître la nation québécoise, il a dû reculer très vite. Comme l’a alors déclaré Gilles Duceppe, « pour être ministre dans le gouvernement canadien, il ne faut pas déplaire au Canada anglais ». À quoi bon, alors, participer directement au pouvoir si c’est pour l’exercer contre nous? L’existence du Bloc permet aux nationalistes québécois, souverainistes ou non, de voter pour des candidats qui ne trahiront pas leur engagement à l’égard du Québec.

Qu’il y ait ou non un référendum à l’horizon ne change rien à la pertinence du Bloc. Les autres partis fédéraux, jusqu’à preuve du contraire, restent totalement sourds à l’insatisfaction du Québec. Les conservateurs parlent peut-être d’ouverture, mais cela tient plus du slogan électoral que d’une volonté réelle de faire évoluer la situation dans le sens des demandes québécoises. Leur accorder notre vote signifierait que nous nous satisfaisons d’un discours creux qui nous entretient dans notre statut de minorité comme les autres. Grâce au Bloc, nous pouvons leur faire comprendre que, en tant que nation, le Québec veut plus.

Quant à l’argument mesquin voulant que les députés bloquistes profitent de façon illégitime de l’argent d’Ottawa, il est carrément antidémocratique. Ces députés, comme les autres, sont légitimement élus, et l’argent qui sert à les payer n’est pas celui d’Ottawa, mais bien le nôtre, celui de nos impôts honnêtement payés.

Reconnus, pour la plupart, pour leur professionnalisme et leurs compétences –c’est le cas de Pierre Paquette, député de Joliette-, les élus bloquistes, en remplissant leurs fonctions avec un solide sens du devoir, ont fait la preuve qu’ils n’étaient pas là pour nuire au Canada anglais, mais pour lui rappeler, avec constance, que son attitude envers la nation québécoise est inadmissible.

Tant et aussi longtemps que cette situation perdurera –et il n’y a que la souveraineté ou un improbable et radical changement d’attitude du fédéral pour y mettre un terme-, le Québec aura besoin du Bloc.

Louis Cornellier

louisco@sympatico.ca

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