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L'Action
Louis Cornellier
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Le syndrome du guerrier

Article mis en ligne le 2 avril 2008 à 8:46
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Le syndrome du guerrier
Je ne veux pas jouer les devins, mais je ne résiste pas à la tentation de rappeler que, ici même, dans cette chronique, le 30 janvier dernier, j’écrivais que la conception du sport de Patrick Roy menait à développer des attitudes anti-sportives. Dans ce commentaire sur Le Guerrier, la biographie du gardien de but signée par son père, j’affirmais que son obsession de la victoire et son comportement guerrier ne devaient surtout pas servir d’exemples.

Malheureusement, les récents incidents impliquant Roy et son fils confirment ma thèse. Frustrés par l’allure d’un match qui annonçait la défaite de leur équipe, ils se sont transformés en enragés assoiffés de violence. Certains ont dit, depuis, que les Roy ne sont pas les seuls à réagir ainsi et que si on en a tant parlé, c’est à cause de la popularité du père. C’est justement là tout le problème.

L’affaire, en effet, ne se résume pas aux Roy et concerne toute la culture du hockey nord-américain. C’est la raison pour laquelle je propose de parler du « syndrome du guerrier » pour qualifier l’état déplorable dans lequel se trouve le hockey organisé à l’heure actuelle. Un syndrome, selon Le Petit Robert, est l’ « ensemble des signes révélateurs d’une situation jugée mauvaise ». Le syndrome du guerrier, en ce sens, désigne les conséquences néfastes entraînées par l’attitude d’un Patrick Roy, trop répandue dans le monde du sport, particulièrement au hockey.

Dans son compte rendu du match qui opposait l’ACTION de Joliette à une équipe de Québec le 21 mars dernier à l’aréna Marcel Bonin, Marc Laporte, au passage, écrit ceci : « C’est l’agressif [joueur X] qui allait réveiller tout le monde en début de 2e en jetant les gants devant [un joueur] du Québec. [Le joueur X] a soulevé la foule en martelant l’attaquant des Québécois qui n’a pas eu le meilleur. Mais ce combat a eu pour effet de faire monter le jeu d’un cran chez les deux équipes, et ce fut plus intéressant par la suite. »

Ce que nous montre cet extrait, c’est que la bagarre, la violence donc, fait pleinement partie du jeu et est considérée comme une stratégie efficace et appréciée par la foule. Nous parlons, ici, d’une ligue de hockey junior. On encourage donc des adolescents à se battre, on valorise même leur agressivité! Partout ailleurs, un tel comportement serait considéré comme moralement condamnable voire criminel. La patinoire, ici, devient une zone de non-droit où les agressions sont acclamées.

C’est, disons-le clairement, un scandale, qui discrédite à la fois notre sport national et toute la société qui tolère pareille barbarie. Que l’on cesse, enfin, de justifier ces voies de fait au nom de l’adrénaline, du feu de l’action et du respect à imposer. Ce sont là des arguments d’enragés, pas de sportifs. Premièrement, la maîtrise de soi-même reste une vertu essentielle du sport et ceux qui en sont incapables ne méritent pas le nom d’athlètes. Deuxièmement, frapper volontairement quelqu’un et tenter de le blesser, même sur une patinoire, relèvent du code criminel et devraient entraîner des sanctions pénales.

Les sportifs et amateurs atteints du syndrome du guerrier croient que tout est bon pour atteindre la victoire. Attend-on de se retrouver avec un cadavre sur les bras pour arrêter ce délire? L’heure est venue, pour les gouvernants, d’imposer un cadre réglementaire à la pratique du sport organisé, surtout au niveau junior. Tout joueur qui en agresse un autre, par exemple, devrait être suspendu pour un an à la première offense et banni de toute ligue organisée à la seconde. Les fiers-à-bras, dans ces conditions, auraient de la difficulté à se bâtir des carrières de héros. À ceux qui répliqueront que l’interdiction des bagarres risque d’entraîner une augmentation des coups vicieux, je répondrai : que l’on applique rigoureusement les réglements et, je le redis, le code criminel. J’irai encore plus loin : toute contestation des décisions d’un arbitre devrait entraîner une lourde suspension. Que l’on respecte enfin ces officiels sans lesquels le sport organisé n’existerait pas.

Le hockey, joué par des humains sains de corps et d’esprit, est un sport magnifique. Ne le laissons pas aux mains de brutes qui confondent le jeu avec la guerre.

Louis Cornellier

louisco@sympatico.ca

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