Souverainistes et autonomistes: une alliance est-elle possible?
Si on additionne, au Québec, les souverainistes et les autonomistes, on obtient environ les deux tiers de la population. Pourtant, pour le moment, nous devons nous contenter du statu quo constitutionnel parce que souverainistes et autonomistes se divisent entre le Parti québécois, Québec solidaire et l’Action démocratique. Les Québécois, majoritairement, souhaitent donc, au minimum, rapatrier des pouvoirs d’Ottawa vers le Québec, mais ils finissent par se paralyser entre eux.
Pour sortir de cette impasse, Gilbert Paquette, ex-ministre dans le gouvernement Lévesque, candidat à la direction du PQ en 2005 et actuel vice-président des Intellectuels pour la souveraineté, propose une alliance stratégique entre ces divers courants. Dans un récent ouvrage intitulé La nécessaire alliance (éditions Les Intouchables, 2008), il suggère au PQ et à l’ADQ de s’engager à participer à une consultation populaire qui donnerait le choix entre trois options : la souveraineté, le rapatriement au Québec d’une liste de pouvoirs (l’autonomie) et le statu quo.
Évidemment, si la souveraineté obtient plus de 50% des suffrages, le Québec va de l’avant en ce sens. Si le statu quo l’emporte dans la même proportion, on passe à autre chose pour les années à venir. Si, toutefois, et c’est là le résultat le plus probable, aucune des trois options n’obtient une majorité absolue, mais que les options souverainistes et autonomistes combinées dégagent une forte majorité, le gouvernement en place, péquiste ou adéquiste, devrait s’engager à négocier avec le fédéral un important rapatriement des pouvoirs, avec obligation de résultat. En cas d’échec de ces négociations, souverainistes et autonomistes devraient s’entendre pour aller de l’avant avec la souveraineté.
Il est important de noter que celle alliance n’exige de personne qu’il renie ses convictions (programme de gauche ou de droite, par exemple). Les souverainistes, toutefois, doivent accepter un compromis au moins temporaire (s’engager à défendre l’autonomie si cette option est gagnante) et les autonomistes doivent s’engager à faire preuve de cohérence et de courage politique. En cas d’échec (fort probable) des négociations avec le fédéral, ils auraient, en effet, le devoir d’appuyer la souveraineté.
Les autonomistes adéquistes, qui n’ont jamais défini clairement leur position constitutionnelle, sont-ils prêts à cette alliance visant à briser l’impasse? Sont-ils, en d’autres termes, vraiment autonomistes ou simplement opportunistes? L’analyse des cas de deux députés de la région nous montre que l’alliance proposée par Gilbert Paquette ne sera pas facile à réaliser, compte tenu de la confusion idéologique qui règne dans le camp adéquiste.
François Benjamin, le député adéquiste de Berthier, n’hésiterait probablement pas à appuyer l’option « rapatriement ou souveraineté ». Longtemps proche des cercles péquistes, il continue à se définir comme souverainiste, même s’il considère que ce projet n’est pas réalisable à court terme, faute d’appuis populaires suffisants. La stratégie de Gilbert Paquette, qui donne une dernière chance formelle au projet autonomiste avant de passer à la souveraineté, pourrait le convaincre.
Le cas de Pascal Beaupré, député adéquiste de Joliette, est différent. Militant du Parti libéral du Canada jusqu’en février 2007, c’est-à-dire à peine un mois avant son élection à titre de député d’une formation se définissant comme autonomiste, le jeune politicien ne semble pas avoir cette fibre très développée. Peut-on croire, en effet, que son élection a suffi à lui faire renier cinq ans de militantisme actif au sein d’une formation qui prône un fédéralisme très centralisateur, totalement sourd aux revendications du Québec? Il est plus plausible d’imaginer que le statu quo lui conviendrait mieux que la souveraineté, en cas de refus du fédéral de négocier un rapatriement de pouvoirs.
La question, au fond, est simple : où se situe l’ADQ dans ce débat? Considère-t-elle un rapatriement de pouvoirs vers le Québec comme nécessaire ou seulement comme préférable? Son autonomisme est-il une conviction ou un slogan électoraliste qu’on oublie quand on va faire un discours à Toronto? Veut-elle plus de pouvoirs pour le Québec ou simplement le pouvoir à Québec? Sa réponse continue de se faire attendre.
Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca
Souverainistes et autonomistes: une alliance est-elle possible?
Pierre GrandchampArticle mis en ligne le 27 mars 2008
Il importe, au plus haut point, dans ce débat, de préciser que l'ADQ a été fondé sur la base du fameux Rapport Allaire. Or, cette "Bible" de l'ADQ dort sous les poussières.
Ledit Rapport Allaire préconisait le rapatriement de 22 pouvoirs:c'était, en fait, une souveraineté tronquée.
Il est "comique" d'entendre Dumont coller l'étiquette de "vieux partis"`au PLQ et au PQ.En effet, Dumont a ressorti le slogan suranné du vieux Duplessis dans les années '50, soit celui de l'autonomie provinciale. En réalité, il s'agit d'une coquille vide.
Faut-il rappeler que Dumont a adopté toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, au plan constitutionnel, depuis 1990 ?
Du discours de Toronto, au Rapport Allaire en passant par *l'autonomie provinciale*..
Pierre Grandchamp
Notre-Dame-des-Prairies