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Louis Cornellier
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Misère en commun

Louis Cornellier par Louis Cornellier
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Article mis en ligne le 12 mars 2008 à 10:50
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Misère en commun
Le vendredi 29 février dernier, en soirée, ma nièce attend l’autobus pour Montréal, au terminus de la rue Saint-Louis, à Joliette. Il fait autour de -20 celsius et elle doit se les geler au grand vent parce que le terminus, imaginez, est fermé! Disons que, comme mesure pour encourager le transport en commun, on a déjà vu mieux.

Cette désolante situation m’incite à la nostalgie. De 1986 à 1992, au moment de mes études, j’ai beaucoup utilisé les transports en commun, particulièrement sur l’axe Saint-Gabriel-Saint-Félix-Joliette-Montréal. On pouvait, alors, quelques fois par jour, parcourir la distance entre Saint-Gabriel et le terminus Berri-UQAM en 1h40. Aujourd’hui, quand ils viennent à bout de monter à bord d’un des rares bus en partance pour Montréal, les Gabriellois doivent voyager presque 3 heures avant de débarquer à Radisson! Les jeunes de Saint-Gabriel ou de Saint-Félix qui comptaient sur ce mode de transport pour se rendre à Montréal afin d’y poursuivre des études universitaires sont donc condamnés à une solution de rechange.

Sur le circuit Joliette-Montréal, la situation est moins catastrophique. En semaine, en effet, sept voyages express, à l’aller et au retour, sont quotidiennement à l’horaire. On ne parle pas, pour autant, d’une partie de plaisir. Le terminus de la rue Saint-Louis, en plus d’être loin du centre-ville et donc mal situé, est un véritable coqueron. Trop petit, laid et fermé le soir, il exige de la part des voyageurs un moral à toute épreuve pour ne pas sombrer dans la déprime.

Comparé à ce triste lieu, froid et sans âme, l’ancien terminus de la rue Richard, qui n’avait pourtant rien d’un palace, apparaît comme un paradis perdu. Dans ce petit restaurant vieillot, pas toujours spic’n’span mais sympathique, on pouvait se réchauffer avec un vrai café servi par un être humain, grignoter une frite ou y aller d’un menu du jour et, surtout, parler avec des employés qui assuraient une permanence. Pour le jeune homme que j’étais, ce lieu pittoresque présentait aussi un attrayant cachet. On pouvait, en effet, espérer y croiser les « artistes » qui se donnaient en spectacle au défunt bar Jean-Pierre et qui logeaient, souvent, à l’étage. C’était, vous l’aurez compris, un lieu habité, humain, à cinq minutes, à pied (les habitués du transport en commun, faut-il le rappeler, ne se déplacent pas en automobile), du centre-ville.

Que dire, maintenant, de cette décision du Conseil régional de transport de Lanaudière de ne plus se rendre à Berri-UQAM? Non seulement impose-t-elle aux voyageurs qui souhaitent aller au centre-ville de Montréal un désagréable transfert et une visite forcée de 30 minutes supplémentaires sur la fade ligne verte du métro de Montréal, mais elle les oblige aussi à se taper une des plus déprimantes stations de tout le réseau. En plus de devoir marcher à peu près 1 km sous terre avant de pouvoir s’asseoir, les voyageurs ont intérêt à ne pas avoir envie d’aller aux toilettes puisqu’il n’y en a pas! Les passagers, qui voulaient aller faire un petit tour en ville, se retrouvent presque dans un safari! Plusieurs, à n’en pas douter, doivent en profiter pour compter leurs sous en vue d’acheter une voiture et d’ajouter leur contribution aux embouteillages urbains.

Il n’y a pas, dans ce dossier, que des mauvaises nouvelles. Ces dernières années, le service de transport en commun sur les circuits Joliette-Rawdon et Joliette-Lavaltrie-Berthierville semble avoir connu une certaine amélioration. Tant mieux. Il en va du dynamisme culturel, social et économique d’une région.

Il reste, cela dit, on l’a vu, beaucoup à faire. Il urge, notamment, de doter Joliette d’un terminus d’autobus bien situé et digne de ce nom et de rétablir le circuit Joliette-Berri-UQAM. Au lieu de rêver à un illusoire train de banlieue que l’on nous ressort quand des élections approchent, nos décideurs locaux, régionaux et nationaux devraient se consacrer à faire en sorte que les transports en commun, dans la région, ne soient plus une expérience de misère en commun.

Louis Cornellier

louisco@sympatico.ca

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