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Faut-il stopper la réforme?

Louis Cornellier par Louis Cornellier
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Article mis en ligne le 13 février 2008 à 9:59
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Faut-il stopper la réforme?
À entendre les détracteurs de la réforme scolaire, cette dernière serait une catastrophe. L’école québécoise actuelle, selon eux, mépriserait les connaissances au profit des compétences, n’enseignerait plus à écrire correctement et imposerait une pédagogie par projets inefficace. Il faudrait donc, en conséquence, stopper la réforme avant qu’elle n’ait fait trop de ravages.

Ce point de vue radical, même s’il séduit ceux qui entretiennent une insatisfaction permanente à l’égard de l’école, repose sur des jugements hâtifs et souvent faux. Il importe de rappeler, en effet, que si cette réforme a vu le jour il y a dix ans, c’est parce que le système précédent n’était pas vraiment un paradis scolaire. Les jeunes y décrochaient en masse et présentaient, disait-on alors, de graves lacunes linguistiques. Il est assez ironique, d’ailleurs, de constater que certains profs qui contestent la réforme sont ceux-là mêmes qu’on accuse de ne pas maîtriser une langue… apprise dans l’ancien système, lui aussi durement critiqué à l’époque.

La réforme, en fait, visait deux objectifs principaux : recentrer l’école sur les matières de base (français, mathématiques, histoire) et donner du sens aux savoirs. Personne, je pense, ne conteste le premier, même si certains l’oublient. Il y a, par exemple, aujourd’hui, plus d’heures de classe consacrées à l’enseignement du français. Quelqu’un souhaite-t-il revenir en arrière à cet égard? Bien sûr que non.

Le débat concerne plutôt le second objectif, qui a fait entrer la logique des compétences à l’école. Et que dit cette logique? Essentiellement ceci : que les connaissances apprises à l’école, pour être vraiment pertinentes, doivent s’incarner dans des situations concrètes et être transférables à la vie hors de l’école. Il est bien, par exemple, de connaître les règles de grammaire, mais il est encore mieux de savoir s’en servir pour écrire une lettre aux journaux afin de participer au débat public. Une compétence, ce n’est rien d’autre que des connaissances dont on a appris à se servir dans de multiples situations. Si l’école ne sert pas à ça, on se demande bien à quoi elle sert!

Une bonne partie du débat, au fond, repose sur un malentendu. Depuis l’implantation de la réforme, on a laissé entendre que la pédagogie par projets, une méthode liée à l’approche par compétences, devait désormais exclure les autres approches pédagogiques. Le ministère de l’Éducation est en partie responsable de ce malentendu puisque ses porte-parole ont entretenu ce discours. Or, ce n’est pas le cas. Le Programme de formation de l’école québécoise est pourtant clair à ce sujet : la diversité des approches pédagogiques est permise, les connaissances ont bien sûr leur place dans le programme (puisqu’il est impossible d’être compétent sans être connaissant) et il revient aux enseignants de choisir les méthodes appropriées (même la dictée!). Redire cela clairement, à tous, contribuerait à calmer le débat.

D’autres enjeux liés à la réforme méritent, cela dit, d’être réévalués. Je pense, entre autres, à la politique d’intégration des enfants en difficulté aux classes régulières. Appliquée sans discernement, cette politique a parfois pour résultat de paralyser le fonctionnement des classes et de nuire au rythme d’apprentissage de tous, du plus lent au plus rapide. Il faut donc la repenser et se rappeler que la réussite du plus grand nombre a un coût.

Quant aux questions de l’évaluation et du redoublement, il faut agir avec prudence. L’école finlandaise, considérée comme la meilleure au monde, interdit les notes durant les premières années du primaire et ne permet le redoublement que dans de très rares cas, mais elle privilégie les petites classes de vingt élèves. Cela devrait faire réfléchir les partisans du bulletin chiffré dès le primaire. L’école, en effet, ne devrait pas être un lieu de compétition, mais un lieu de formation. C’est ça, aussi, le renouveau pédagogique. On peut, bien sûr, le réformer, le simplifier (sur le plan de l’évaluation), mais le stopper nous ferait encore perdre notre temps.

Louis Cornellier

louisco@sympatico.ca

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