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Lanaudière in english?

Louis Cornellier par Louis Cornellier
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Article mis en ligne le 23 janvier 2008 à 9:07
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Lanaudière in english?
En prenant connaissance des résultats du sondage Léger Marketing réalisé pour L’Action (13 janvier 2008) au sujet du point de vue des Lanaudois sur une foule d’enjeux actuels, j’ai sursauté à la lecture d’une donnée plutôt “ étonnante ”, pour reprendre le terme du collègue André Nadeau. Ce sondage, en effet, nous apprend notamment que 59% des Lanaudois, c’est-à-dire la majorité, doivent utiliser l’anglais souvent (20%) ou occasionnellement (39%) au travail. Cette conclusion, absolument renversante, n’a pas d’allure, et ce, peu importe la manière dont on l’analyse.

La première réaction qu’elle inspire est le doute. Le chiffre, en effet, est si élevé qu’il doit être reçu avec prudence. Peut-on vraiment croire que tant de Lanaudois soient contraints d’utiliser l’anglais au travail? Nous ne sommes pas, ici, dans le West Island de Montréal! Je vis et travaille dans Lanaudière depuis 30 ans et je n’ai jamais rencontré un anglophone unilingue dans la région! Il y en aurait quelques-uns, me dit-on, dans le coin de Rawdon. Je veux bien reconnaître ce fait, mais en ajoutant tout de suite qu’il s’agit ici d’une infime minorité et que ce n’est certainement pas ces quelques réfractaires qui expliquent le résultat du sondage.

De quoi, alors, parle-t-on? Le cas d’une usine comme Bridgestone, dans ce dossier, est intéressant. Voilà une entreprise, en effet, qui fait affaire à l’international. On peut donc croire que ses employés devraient faire partie de ceux qui ont à utiliser l’anglais au travail. Or, pour la vaste majorité d’entre eux, ce n’est pas le cas. Alain Longpré, ouvrier dans cette usine et membre de l’exécutif du Conseil central de la CSN-Lanaudière, m’assure que, sauf pour quelques postes de cadres, l’anglais n’est pas nécessaire pour travailler chez Bridgestone. Tant mieux. Mais où donc, alors, l’est-il? Dans les petits commerces de la région? Bien sûr que non, sauf pour de rares exceptions, là encore.

Une infirmière du CHRDL affirme, quant à elle, que pour bien servir les rares patients unilingues anglos de la région, les employés doivent occasionnellement utiliser l’anglais. Même en admettant que ce soit le cas, combien d’employés sont concernés?

Comment expliquer, alors, le chiffre ahurissant de 59%? Une explication se trouve dans un autre résultat du sondage. 87% des Lanaudois affirment, en effet, que la maîtrise de la langue anglaise est importante pour eux. Nous nous sommes tellement fait répéter que l’anglais était la langue des affaires, de la réussite, de l’avenir et de l’ouverture sur le monde que beaucoup en sont venus à en faire une véritable obsession et à croire que c’était vrai. Aussi, quand on leur demande s’ils utilisent l’anglais au travail, plusieurs se font une fierté de répondre oui, comme si cela était une vertu et donnait de la noblesse à leur fonction. Pourtant, dans Lanaudière, une analyse rigoureuse des faits montrerait fort probablement que cela est faux.

Et il faut, d’ailleurs, s’en réjouir. Car s’il était vrai qu’une majorité de Lanaudois doivent utiliser l’anglais au travail, nous aurions un sérieux problème qu’il faudrait régler au plus vite. Nous avons le droit, au Québec, chez nous, de travailler en français et même en français seulement. C’est pour ça que la loi 101 existe. Pour que, comme ailleurs dans le monde pour les citoyens d’un État, les Québécois francophones majoritaires puissent gagner leur vie exclusivement dans leur langue, sauf pour quelques exceptions.

Si le bilinguisme individuel est une bonne chose, il n’en va pas de même pour une société. Sur le plan collectif, quand deux langues occupent le terrain, l’une finit toujours par prévaloir sur l’autre. Il n’est nul besoin d’être devin pour deviner que, au Québec, c’est l’anglais, dans cette situation, qui finirait par s’imposer. D’où l’importance de se battre énergiquement pour le respect de la loi 101 en matière de langue de travail.

Ce n’est pas, contrairement à ce que pensent plusieurs, la qualité d’une langue qui assure sa survie. C’est parce qu’une langue est nécessaire, surtout pour gagner sa vie, qu’on a le désir de l’apprendre et de la maîtriser. L’avenir du Québec français passe donc par le français au travail.

Louis Cornellier

louisco@sympatico.ca

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Vos commentaires

Le complexe du colonisé...

robert morin
Article mis en ligne le 30 janvier 2008
J'ai bien aimé votre analyse du résultat inexplicable du sondage selon lequel 59% des Lanaudois utiliseraient l'anglais au travail. Je suis moi aussi d'avis que ce résultat est faussé et votre article permet de faire ressortir un phénomène social important mais dont on parle rarement, soit cet espèce de complexe de colonisé que nous, Québécois, entretenons à l'égard de la langue anglaise et de toute l'idéologie «amirecaine» qu'elle charrie. Cela m'a rappelé un épisode particulièrement triste que j'ai vécu il y a des années, alors qu'un ami, que je savais unilingue français, m'avait convaincu d'aller assister à un match des Expos au stade. Or, au début du match, lorsque tout le monde se lève pour entendre un certain hymne que certains appellent «national», je fus abasourdi de voir mon ami, qui n'avait pas ouvert la bouche pendant tout le début de l'hymne chanté en français, s'égosiller à chanter à tue-tête toutes les paroles anglaises qu'il avait manifestement apprises par coeur pour épater la galerie et montrer qu'il était «parfait blé d'Inde»... Cela m'a beaucoup attristé et m'a sérieusement fait douter de notre capacité à devenir un jour un peuple de plein droit...

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