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Sorry, I don't speak french !

André Nadeau par André Nadeau
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Article mis en ligne le 19 janvier 2008 à 11:00
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Sorry, I don't speak french !
Pauline Marois voudrait bien donner des dents à la loi 101
Sorry, I don't speak french !
On se croirait revenu aux années 70 alors qu'on dénonçait les « vieilles Anglaises du magasin Eaton » qui servaient avec un ton méprisant la clientèle francophone. En 1977, l'Assemblée nationale adoptait la loi 101 faisant du français la langue officielle du Québec. Les Québécois ont alors cru que la question de la survivance du français était réglée pour de bon. Pour plusieurs, le PQ venait de faire la preuve que le Québec pouvait continuer à se développer à l'intérieur du régime fédéral.

Aujourd'hui, le magasin Eaton n'existe plus, mais une enquête du Journal de Montréal réveille le fantôme des « vielles anglaises ». Une journaliste se prétendant unilingue anglophone n'a eu aucun problème à se faire embaucher dans une quinzaine de commerces du centre-ville de Montréal, de Laval et de la Rive-Sud.

Il n'en fallait pas plus pour que la chef du PQ, Pauline Marois, réclame un renforcement des dispositions de la loi 101. Il nous faut une loi pour nous rassurer et nous endormir dans le sommeil du juste. Il nous faut une loi parce que les Québécois n'ont pas assez de couilles pour se faire respecter individuellement !

Il ne servirait strictement à rien d'adopter une nouvelle loi alors que le gouvernement ne fait même pas respecter la loi actuelle.

Avez-vous magasiné pour l'achat d'une laveuse, d'une sécheuse ou d'une cuisinière récemment ? Vous serez extrêmement chanceux de trouver un modèle avec un panneau de commande en français, ou au moins bilingue. Selon l'Office de la langue française, en 1977, on retrouvait de 75 % à 80 % des électroménagers qui portaient des inscriptions en français. Aujourd'hui, le pourcentage ne dépasse pas 25 %. Pourtant, la loi est claire, il suffirait de l'appliquer.

Les raisons sociales des commerces doivent être en français, mais il suffit de se promener dans la région pour voir apparaître de plus en plus de commerces aux noms à consonance anglaise. Dans la plupart des cas, il s'agit de commerces qui sont pourtant la propriété de Québécois francophones. Dans ce contexte, il vaut toutefois la peine de saluer les efforts d'au moins une entreprise étrangère, l'Américaine Staples qui, au Québec, a adopté la raison sociale bien française de « Bureau en gros ».

Il existe au Canada, une compagnie aérienne nationale qui en vertu de la loi fédérale doit donner ses services dans les deux langues officielles. Ça n'empêche pas que la présence du français sur les ailes d'Air Canada s'atténue progressivement. Que donnerait une loi de plus ?

La loi prévoit aussi que le français doit être la langue de travail. Pas plus tard que la semaine dernière, le sondage Léger Marketing commandé par L'Action révélait que dans la très francophone région de Lanaudière, 20 % des travailleurs doivent souvent utiliser l'anglais dans l'exercice de leur métier. Une autre tranche de 39 % le fait de façon occasionnelle. Suffit-il de renforcer la loi ?

Non seulement faudrait-il d'abord appliquer les lois existantes, mais les Québécois devraient démontrer autant de fierté individuellement qu'ils le font collectivement et anonymement. Le reportage de Noée Murchison soulève des doutes sur notre capacité de s'affirmer. Les consommateurs francophones qu'elle a servis dans ses 15 emplois n'ont aucunement regimbé, sauf de rares exceptions. Pire encore, pour la plupart, ils se mettaient aussitôt à l'anglais.

J'ai déjà vu un groupe de cadres francophones d'une entreprise tenir leur réunion en anglais en raison de la présence d'un seul anglophone. C'est beau l'accommodement, mais il arrive un temps où ça devient de la soumission.

Il suffirait pourtant que les Québécois se tiennent debout et refusent d'acheter dans les commerces qui ne respectent pas la langue d'usage de la majorité. On verrait rapidement des changements. Les commerçants ne sont pas fous et la langue qu'ils comprennent le mieux, c'est celle du tiroir-caisse.

Thank you¸

André Nadeau

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